Vie quotidienne

« lo courtil del castel » : la place accordee au jardin au Moyen-age.

Pour le seigneur, propriétaire d’un château, au Moyen-Age, quelle place accorde-t-on au jardin ? Alors là! rien que dans cette phrase il me faut juste prendre le temps de qualifier 3 termes: seigneur, Moyen-Age, jardin.

Par « seigneur » j’entends toute personne issue de la classe noble quelle soit homme, femme, laïque, ou religieuse .
Par « Moyen-âge » j’entends bien sûr les 1000 ans traditionnels, je ferais donc une approche chronologique pour cibler l’évolution.
Par « jardin » j’entends un espace cultivé par l’homme, c’est large comme notion mais elle va se préciser toute seule par le critère noblesse et château.

L’histoire des jardins de châteaux est lié à deux choses donc : le bâtiment, dont la fonction est avant tout guerrière et le propriétaire, ici un noble. Ses deux éléments conditionnent la localisation et le contenu du jardin en question.

La localisation:

Le jardin de château durant tout le Moyen-âge se situera toujours à l’extérieur de l’enceinte, les jardins jouxtent les remparts, le jardin n’a en effet aucun intérêt militaire il est inutile de le défendre.

Le contenu:

Les premiers espaces cultivés proches du château ne sont ni des potagers, ni des médicinales, ni des fleurs mais des vergers . La chose s’explique facilement quand on se rappelle que le château est noble.

Pour son approvisionnement en vivre potagère le seigneur fournit, par le biais des taxes, auprès du paysan. Pour les herbes médicinales à part quelques unes bien précises (cultivées au monastère ) toutes se ramassent dans la nature. Pour les fleurs c’est un peu la même règle mais cela va évoluer au cours du Moyen-âge nous en reparlerons.

Reste les fruits, il suffit de penser à un verger actuel, à l’espace que demande cette concentration d’arbres pour comprendre que le paysan ne peut consacrer un tel espace pour une vivre si peu nourrissante. Les fruits du régime alimentaire paysan se trouvent dans la nature : fruits secs, fraises, petits fruits des bois, fruits oubliés (cormes, alises, cornouilles… etc) et pour les chanceux raisin, merises, pommes et poires sauvageonnes. Par contre si l’on se penche sur le régime alimentaire de la noblesse le fruit n’est pas une simple douceur et joue plus souvent le rôle d’accompagnement du plat, en lieu et place de légume ( pour ne pas faire digression je vous invite à lire l’explication (1) en bas de page)

Dés lors puisqu’il faut cultiver des fruits pour la table de la noblesse, et comme les mentalités de l’époque veulent que ce fruit soit aussi un peu un privilège de la noblesse(1). C’est le seigneur, le seul de toute façon à pouvoir y consacrer l’espace nécessaire, qui va le faire et si possible pas trop loin de sa surveillance pour contrer les chapardages.

Historique:

Voici donc les premiers châteaux forts de bois, du temps de la geste de Roland. « alez en est en un vergier suz umbre ».
On y parle déjà de vergier le mot dérive de viridarium qui en latin signifie « vert » cela va de soi.

Et qu’en dit on? Qu’il est « sous ombre » : Voilà donc ce qui va amener les gens du château au vergier. Non pas seulement pour en récolter les fruits mais aussi pour profiter, aux beaux jours, de la fraicheur de l’ ombre. Et c’est chose d’autant plus facile que la noblesse en a le « loisir ».

Ainsi naissent les premiers jardins d’agréments. Par la suite viennent les temps féodaux des châteaux de pierres. A la lecture du roman de la Chastelaine de Vergy (XIIIe), on apprend que  son amant attend dans le verger, caché prés d’un arbre, qu’un petit chien vienne l’y trouver lui indiquant ainsi que sa maitresse est seule.

Et quand arrive le roman de la Rose ( XIIIe) les vergers sont parés de milles attraits :

A telle joye et tel déduict
Comme a celle de ce verger
Ce beau lieu d’oyseaulx héberger
N’estoit ne desdaigneulx ne chiche
Mais ne fut oncque lieu si riche
D’arbres et d’oysillons chantans
Car par les buyssons bien sentans

Sans oublier la poésie des trouvères du XIIe siècle: les reverdies qui chantent le renouveau de la nature ( propice à l’amour)
En un vergier l’est fontenelle et  en un vergier flori verdet (colin muset)

si a grand joie el vergier dognoie bien se conroie
son bonheur est grand dans le verger où il fait sa cour (colin muset)

Les trobadors évoquent aussi le jardin comme lieu de fraîcheur et de conversation.

C’unsquex envida et acueil Lo rei et diz: l-.u ai rie brueil E bon ostal e bon vergier roman de Flamenca(XIIIe)
« chacun fait accueil au roi et l’invite en disant : « J’ai de beaux ombrages , bonne maison, bon verger »

ausirai jòi, en vergièr o dins chambra. Quand mi soven de la chambra
ont a mon dam sai que nulhs òm non intra
Arnaut Daniel 1180 et 1210, originaire de Ribérac.

«J’aurai ma joie en verger ou en chambre. Quand j’ai souvenir de la chambre
où à ma dame je sais que pas un n’entre»

Quand on sait que l’amour courtois est avant tout un comportement de gens de cour (par opposition aux manants aux manière rustiques), on voit bien que le verger a conquis ses armes de noblesse. Il a acquis la place d’être le lieux privilégié des amours courtoises.
D’un simple verger nous sommes bien passé à un jardin d’agréments (et quels agréments ! ). On a l’habitude de dire que le jardin de la noblesse est aussi celui qui comble les cinq sens : les couleurs des fleurs, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, le goût des fruits et le toucher …qu’illustre l’amour courtois. Gageons qu’il n’a pas toujours été platonique!

Le verger devient donc un endroit de loisir ainsi que pourrait l’illustrer le château d’ Hesdin.

Robert II d’Artois revient de Sicile et demande à Renaud Coignet de Barlète, chevalier franco-italien, de concevoir le parc de son château d’ Hesdin il prend le titre de « gardien et maître des travaux de monseigneur ». Pendant sept ans de 1292 à 1299, c’est lui qui s’occupa de tout ce qui concernait le château d’ Hesdin et son parc. Grâce à des crédits illimités de Robert II il va réaliser un des premiers jardins de plaisance.

Il existait déjà des automates à Hesdin avant 1292, date du retour de Robert II à Hesdin. En 1299, les comptes parlent des engiens du paveillon, qui sont rappareillés , ce qui signifie qu’ils ne sont pas neufs. En 1300, on les raccorde … ce qui veut dire qu ’ils fonctionnaient avec des cordes et on ressaude les pipes de plonc , c’est à dire qu’on répare les canalisations qui amènent l’eau vers les engins.

Mahault d’Artois, sa fille, va continuer son œuvre nous sommes en 1302

En 1308, Elle fit installer le miroir des engins (probablement un miroir déformant, puisqu’il faisait partie des amusements de la galerie.) En 1312, il fut réparé grâce à des  glaces accatées à Abbeville.

Après la maison d’Artois c’est la maison de Bourgogne qui assure le relais :  les engiens du paveillon continuèrent à être réparés. En 1321, ils furent refaits  souffissaument et tout aussi bien que quand il fut tous noes.

Philippe le bon en fait un véritable « parc d’attraction » comme l’atteste un texte publié par le Comte de Laborde en 1849, écrit par Colard le Voleur, valet de chambre et peintre du duc :

« A l’entrée de la galerie, nous dit-il, se trouve un engin pour mouiller les dames lorsqu’on marche dessus et un miroir où l’on voit plusieurs abuz, car lorsqu’on touche aux boucles, le dit engin vient vous frapper au visage et ceux qui sont au-dessous sont broulliez tous noirs ou blancs. Il y a aussi une fontaine où l’eau vient lorsqu’on le désire et retourne toujours d’où elle vient. »

Outre les engins, on y découvrait aussi une volière, un cadran solaire, un labyrinthe, une ménagerie et une roulotte.

Nous sommes désormais à la fin du Moyen age le jardin est toujours à l’extérieur mais bientôt en perdant leur rôle de forteresse militaire les châteaux vont pouvoir lui laisser un peu de place. Ce sera la Renaissance et des jardins plus ostentatoires comme l’annonçaient ceux d’ Hesdin. Et si Charles Quint fait bruler Hesdin (lieu pourtant chérit de ses ancêtres) en 1553 c’est bien parce qu’il a conscience de l’évocation de pouvoir de cette ville, de ce château et surtout de son parc.


(1) Cette place du fruit dans le régime alimentaire de la noblesse est due à la conception aristotélicienne de la médecine qui régit la diététique médiévale (si si les deux mots vont bien ensemble). Pour faire concis et compréhensible, considérez que pour les gens du Moyen-âge le monde est gouverné par les 4 éléments : air, terre, eau et feu. Ainsi la classe paysanne est associée à la terre, le noble à l’air. Pour les aliments il en va de même, il semblera logique à chacun de rattacher les légumes(racine et feuille bien souvent) à la terre et les fruits qui pousse dans les arbres à l’air. Donc par transitivité si l’ air est au dessus de la terre le seigneur supérieur au paysan appartient bien à l’air et le fruit qui appartient à l’air convient alors mieux aux nobles qu’aux paysans CQFD. Dit comme ça, ça fait apparaître une facette très sectaire du Moyen-Age mais n’oublions pas que nous sommes pas là pour juger et puis surtout j’ai fait très court en fait c’est beaucoup plus subtile mais vous pouvez en apprendre plus ici ou .

Voilà pour ce qui est de cet article, il n’est pas exhaustif et bien des jardins de châteaux pourraient l’illustrer. J’ai volontairement puisé dans des exemples qui me sont chers, mes racines plongent en terre d’Artois.

Quand à mes références, je vous cite pour le net:

http://maitresseajonc.canalblog.com/ , article du 9 sep 2010

http://www.levieilhesdin.org/leparc.php

pour les livres :

Les jardins du Moyen-âge de Marie-Thérèse Haudebourg entre autre, mais il y a aussi pleins de petits détails pêchés ailleurs par rapport à d’autres domaines de la littérature, Occitanie,poésies, etc… Vous pouvez toujours allez voir la page réferences sur mon site pour avoir plus d’informations à ce sujet.

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