Histoire

La naissance de la feodalite au Veme-VIeme siecle. (2)

Nous avons vu dans l’article La naissance de la féodalité que l’opposition entre les comptes et les évêques locaux joue un rôle prépondérant dans l’organisation juridique et sociale lors de l’effondrement de l’Empire romain.

Il est donc logique de poursuivre ma synthèse du hors-série Histoire et Images médiévales sur les Mérovingiens par une réflexion sur ce thème. Je m’appuie également sur les chapitres IV et V du livre L’Antiquité romaine de Catherine Salles, édition Larousse In extenso.

L’Empire romain : la ou les religions ?

Les dieux sont présents dans chacune de leur action, et l’homme doit concilier les bonnes grâces des uns et des autres à travers ses actions.

La religion légitime l’ordre politique par l’appui des dieux, c’est pourquoi les pratiques religieuses sont rarement modifiées et jamais supprimées.

L’Etat, et les hommes religieux qu’il a mis en place, est perçu comme un médiateur entre l’humain et le divin.

Pourtant, rappelons qu’en matière de religion, les Romains étaient relativement ouverts et enrichissaient volontiers le panthéon en adoptant des dieux subalternes des pays conquis en plus de leur propre triade capitoline ( Jupiter, Junon, Minerve).

Ainsi, Teutatès (notre fameux Toutatis, pour les lecteurs de la célèbre  B.D. ) est associé à Mars, par exemple. De même, un culte romain a la déesse égyptienne Isis est aussi mis en place. Le culte de Cybèle est arrivé à Rome après la seconde Guerre punique.

A  priori, les Romains autorisent donc un certain nombre de cultes étrangers ce qui facilite l’assimilation des nouvelles populations tant que le mysticisme et l’individualisme ne prennent pas une trop grande proportion dans ces cultes.

Le panthéon romain n’a que faire des petites préoccupations des hommes. Les principales différences entre ces nouvelles religions et les croyances officielles résident généralement dans la forme monothéiste du culte, la tentative de réponse aux grandes questions humaines, la notion d’initiation aux mystères, et surtout dans la promesse d’une vie après la mort pour les initiés.

Le christianisme va poser aux autorités romaines un problème d’assimilation dans la mesure où les Chrétiens ne peuvent vénérer qu’un seul dieu, le leur.

De fait, en refusant d’adorer les dieux traditionnels les Chrétiens peuvent attirer la vengeance divine sur l’ensemble de l’Empire. De plus, ils refusent également le culte de l’Empereur : ils sont donc coupable de lèse-majesté. Le Christianisme n’est par conséquent pas compatible avec la romanité.

On leur reproche également au passage d’un certain nombre de comportements asociaux comme le refus des divertissement, le dénigrement de l’esclavage et bon nombre de rumeurs, telle l’anthropophagie. (Faut-il rappeler que l’ostie est assimilé au corps du Christ?)

Les empereurs compte sur le culte impérial pour renforcer la cohésion sociale pendant la crise qui mènera à l’effondrement de la puissance romaine. On comprend mieux d’où les nombreuses persécutions jusqu’au IV ème siècle sont issues.

En 391, Théodose Ier interdit le paganisme et tous les habitants de l’Empire doivent être chrétiens. Une grosse répression anti-païenne se mets en place des villes vers les campagnes notamment.

Toutefois, les invasions barbares importent avec elles leur culte païen et notamment aryen… jusqu’au fameux baptême de Clovis en 496.

De la secte chretienne a la religion d’etat.

Nous avons tous, du moins pour ma génération, entendu parlé à l’école du baptême de Clovis.

Non seulement celui-ci a épousé une chrétienne et fait baptisé ses deux fils pour améliorer ses relations avec l’épiscopat gaulois influent après la chute de l’empire, mais il a même fini par renoncer au culte des idoles et au paganisme par le baptême sous l’influence de l’évêque de Reims, Rémi.

Se faisant, il s’assure un appui politique majeur sur ses territoires conquis. Il rend ainsi légitime la dynastie mérovingienne face aux autres tribus et surtout obtient l’appui des évêques en place.

En théorie, les évêques mérovingiens sont normalement choisis conjointement par l’Église et le peuple, puis ce vote est soumis à l’accord du roi.

En réalité, on fait très bien que le roi joue un rôle prédominant dans le choix, ce qui lui permet  une influence à l’échelle nationale sur l’Église.

A cette époque, l’influence papale est encore balbutiante : il ne participe pas au choix des évêques, la liturgie n’est pas unifiée ce qui laisse le libre cours au pouvoir civile.

Ce n’est qu’à partir du concile de Paris en 615 que les premières règles en matière d’élection sont posées : le peuple est écarté, le clergé devient alors le seul organisateur des élections sous réserve toujours de l’accord du roi.

Les manipulations sont très fréquentes même si l’évêque ne peut pas nommer son successeur ni être destitué de son vivant.

Une élection demandant un certain pouvoir et entrainant des frais, seuls les plus aisés peuvent prétendre à cette fonction. Dès 452, au concile d’Arles, on a conscience que l’évêque doit être nommé dans la ville où il va exercé afin d’assoir son autorité.

Une grande cérémonie est organisée où l’on présente l’élu à l’ensemble de la population. Si personne ne voit d’inconvénient à son élection, on procède au sacre. Son autorité s’exerce sur le diocèse jusqu’à sa mort, même s’il est exilé.

Les rois mérovingiens ont absolument besoin du soutien de l’élite locale : une sorte de triangulaire entre Eglise, pouvoir civil et aristocratie locale s’établit donc progressivement, où chacun ménage l’autre en tendant de sortir son épingle du jeu.

Les missions de l’eveque.

Il gère le culte, la culture, les biens et les terres de l’Eglise sur son diocèse.

De fait, il s’oppose souvent aux intérêts du comte local investi par le roi, notamment lorsque celle-ci fait pression en terme de fiscalité sur les clercs locaux. Rappelons aussi que le droit d’asile rentre en conflit direct avec les prérogatives judiciaires du compte.

L’évêque se déplace ainsi de cours en cours et dans les différents conciles.

Il régit la construction des monastères et des églises sur son domaine, veille à l’instruction du clergé, administre les sacrements, lutte contre le paganisme et les hérésies.

On attend de lui également qu’il s’occupe des pauvres, des malades et des orphelins en créant des orphelinats ou des léproseries.

Le diocèse tient un décompte précis des nécessiteux et pourvoie à leur survie.

La diffusion du christianisme

Si la France est essentiellement catholique sous Clovis, elle l’est très inégalement.

Les évêques mérovingiens jouent dans la christianisation du pays un rôle prédominant. Leur mission essentielle est de diffuser la culture chrétienne dans la société gallo-romaine dominée par l’aristocratie franque.

Si le christianisme se diffuse particulièrement bien en ville, la majorité des gens vivent à la campagne.

Les premiers évêques chrétiens ont donc un rôle de missionnaire largement mentionné dans les Vitae, qui consiste à faire disparaitre les cultes païens animistes.

Le culte des saints régionaux et des reliques joue un rôle très important dans cette volonté de substitution, ainsi que le remplacement des fêtes païennes par les fêtes chrétiennes.

Petit à petit, les évêques vont déléguer certaines de leur prérogatives, notamment les sacrements ou l’enseignement sur place afin d’étendre cette diffusion massivement.

La boucle est bouclée pour nos cultes païens traditionnels mais fort heureusement ceux-ci restent profondément marqué dans les pratiques du plus grand nombre si bien qu’on parvient a en trouver quelques traces encore aujourd’hui.

You must be logged in to post a comment.