Histoire

La naissance de la feodalite.

Les invasions barbares, les turbulences aux frontières, la lutte idéologique et religieuse entre vestige du culte de l’empereur, panthéon romain, christianisme et paganisme, contribuent à nous faire croire à un début de Moyen-âge sinon bordélique, au moins très confus.

Le flou sur la période, et l’absence de travail historique sur la naissance de la féodalité, pendant longtemps nourrit largement ce préjugé.

A partir de l’excellent hors-série Histoire et Images médiévales sur les Mérovingiens, très poussé et richement illustré et documenté, on peut déjà effectuer une synthèse qui débroussaille un peu notre méconnaissance de cette période.

Il est de notoriété publique que la répartition des pouvoirs entre les seigneurs locaux divisés et instables représentants la royauté et les hommes d’église locaux, la féodalité n’est pas née dans la dentelle.

Essayons un peu de voir d’où viennent les influences des différentes forces en présence et comment s’est faite la transition après l’Empire romain. Bref, comment est née la féodalité.

Les vestiges de l’administration romaine.

Pour mémoire, rappelons que l’administration de l’Empire lors de sa chute repose sur l’envoi de proches de l’empereur, et notamment des aristocrates qui ont accès aux postes de hauts fonctionnaires.

Ils sont responsables notamment de l’administration de l’Etat, des biens de l’Empereur et de la fiscalité.  On les nomme les comites.

Rappelons également que le propre de cette civilisation a été de diffuser massivement son modèle culturel et politique en s’appuyant sur l’aristocratie locale.

On estime que les comtes apparaissent en Gaule à partir du milieu du Vème siècle dans des villes stratégiques commerçantes ou des points-clefs.

Lors des bouleversements de la fin de l’Empire, Rome envoie des comites pour la représenter dans les curies locales. Ces assemblées deviennent en ces temps troublés soit désertées par les élus soit utilisées pour abuser par l’aristocratie locale.

Les comites ont donc un rôle de juge visant à maintenir la cohésion social.

Très vite, on a confié les mêmes missions aux peuples locaux romanisés comme les Wisigoths ou les Burgondes puisque l’Empire est grand.

On trouve ainsi la trace dans les textes de loi des Wisigoths, mis par écrits sous l’influence des jurisconsultes romains, du statut de judex.

Les Francs ont tout simplement conservé le système juridique local en se substituant progressivement aux autorités romaines et en important ce fonctionnement à l’ensemble de leur territoire.

On trouve ainsi également mention du statut de judex dans le canon 4 du premier Concile d’Orléans, qui a eu lieu en 511.

Les missions des comtes.

Il semble que les missions des comtes soient clairement établies au VIème siècle puisque celles-ci sont largement évoquées à travers l’opposition comte /  évêque dans les textes, notamment biographiques. Il est évident que ces textes sont à prendre avec des pincettes, néanmoins ils restent assez parlants.

Cette opposition semble être la conséquence du fait que les évêques et les comtes appartiennent plus ou moins au même milieu social.

A cette époque les roturiers ne peuvent rentrer en prêtrise. Les évêques sont restés très influents car ils ont souvent pallier aux manques de l’institution en prenant le relai de celle-ci, ou protéger les locaux de l’élite.

Il y a donc lutte locale entre les comtes, représentants du pouvoir royal et les évêques, représentants du Pape.  C’est principalement les villes qui sont le théâtre de celle-ci.

A partir du VIème siècle, le privilège de l’immunité interdit aux civils toute influence sur les biens ou sur les comtes de l’Eglise. La majorité des villes étant épiscopales, le comte est le plus souvent gestionnaire d’un territoire rural sur lequel il est chargé de représenter la loi. Il se déplace régulièrement pour rendre la justice selon la loi locale, aussi est-il suivi par un certain nombre de conseillers.

Il a aussi pour mission d’assurer la paix sur les terrains à sa charge, et donc mobiliser les troupes nécessaires à sa défense notamment aux frontières.

Il gère la fiscalité directe et indirecte et doit contribuer au trésor royal. Cette dernière mission est particulièrement complexe car il n’existe guère d’organisation précise pour cela.

Une fonction obtenue par le merite.

Après la chute de l’Empire, les élites barbares fortement imprégnées de culture et du système des Romains le conservent.

On choisit alors à la fin de ses études entre voie civile et voies religieuse qu’on soit Franc ou gallo-romain. Ce n’est qu’à partir du troisième Concile d’Orléans en 538 qu’on exclut les personnes non affranchies de l’ordination, et qu’à partir du quatrième en 541 qu’on exclut les descendants des non affranchis.

Il est assez surprenant de découvrir que l’accès à cette haute fonction de comte  est fondée sur le mérite et la fidélité reconnus pour son roi, non sur un critère social.

Fils d’affranchi ou de gallo-romain peuvent accéder à ce poste : tout comme les Romains avant eux, les Francs s’appuient sur les locaux pour impulser leur politique avec une certaine homogénéité.

Je vous invite à lire l’article sur Leudaste  qui se trouve dans la revue pour compléter par un exemple très riche de sens cette brève synthèse.

2 Responses to La naissance de la feodalite.

  1. Ethelbert says:

    Si vous voulez avoir un “rimèque” de ces conflits comtes-évêques, je vous conseille de trouver des ouvrages sur l’histoire de Lyon, au cours des Xe et XIe siècles.

  2. Cernunnos says:

    Merci pour l’info je me documenterais en temps voulu sur cette région, qui je pense n’a pas dû être la seule riche en conflits plus ou moins ouverts entre ces deux personnalités fortes des seigneureries.

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