Litterature medievale

Le mythe viking. (Xeme – XVIIIeme)

Historiquement,  ils vivaient essentiellement de commerce maritime. Le commerce maritime était essentiel à la survie puisque les rendements sur place étaient assez faibles et que le lieu ne permettait que peu l’échange terrestre. Le viking a été avantagé très largement par son petit  bateau qui était particulièrement adapté aux fortes tempêtes.

Vers 800,  les peuples arabes coupent la route de la Méditerranée ce qui oblige à trouver d’autres alternatives. Les Nordiques maitrisent totalement la connaissance de ces routes alternatives ce qui va faire d’eux de très grands commerçants. Le viking à l’ouest est un vikingr, à l’est il est appelé un varègue ou voeringr.

Ajoutons enfin comme dernier facteur que le morcellement de l’empire carolingien a facilité les choses pour que celui-ci vive en plus de son commerce d’opportunités de rapines ponctuelles sans risques sur nos côtes.

Aujourd’hui ils correspondent à l’image du féroce guerrier sanguinaire viking  (mot du XIXème, traduit par Marmier vraisemblablement du poème de Geijer Vikingen. Sans oublier qu’ils  fendent l’horizon à la proue de leur drakkar (et paf, voilà un mot du XIXème : knörr ou skeid c’est déjà plus authentique.).

Comment sommes-nous passés d’une certaine vérité historique à propos des peuplades nordiques au mythe?

Plus de 1200 ans après et malgré un travail soigneux et poussé des historiens, le mythe “viking” a toujours la peau dur. Quel est-il ? D’où vient-il ? Régis BOYER dans son ouvrage  Les vikings histoire, mythes, dictionnaire nous montre les différentes strates de celui-ci.

La surpopulation du Nord aurait entrainé les invasions vikings?

Abbon, Wace et d’autres insistent si abondamment sur le caractère violent des vikings, que l’Abbé Gabriel Du moulin au XVIIème n’a aucun scrupule à prêter à Rollon un discours totalement invasif. Là encore, contre-sens historique. On sait pertinemment que c’est par le commerce que les vikings se sont progressivement assimilés à la population pour ceux qui ont choisi de rester.

Wace et ses contemporains formulent cette hypothèse. Ils expliquent ainsi les “invasions” par le trop pleins qu’entraineraient la polygamie des pays scandinaves. Dans les Chroniques de Normandie, l’auteur inconnu décrit par le menu la luxure dont font preuve ces peuples.

Cette hypothèse a longtemps perduré. Au final, le viking du Xème au XVIIème siècle ne serait si on en croit le mythe plus qu’un cruel pillard, sans foi ni loi : Le viking est la personnification du péché et illustre parfaitement la puissance de Satan.

Barbares cruels ?

Au Moyen-âge, on parle avant tout des Barbares… toute provenance confondue. Tout ce qui est autre est barbare. Cela n’est pas en soi une marque négative ou péjorative : l’altérité est barbare. Autrement dit, qu’on soit Huns, Sarrasins, Germains, on est tous sous la même étiquette.

C’est vraisemblablement ce qui explique que les différentes incursions des uns et des autres n’aient été perçues que comme une sorte de tout par leur contemporain. Rappelons-nous également que le grand et puissant empire romain s’est effondré sous la pression des barbares… Cela explique pourquoi l’homme du nord est synonyme de d’une si grande terreur.

Pourtant c’est un fait établi des spécialistes, les vikings sont principalement des commerçants. Les incursions viking étaient obligatoirement frappes chirurgicales car les hommes étaient peu nombreux sur les bateaux. De plus, ces raids étaient ciblés sur des points stratégiques faibles. Lorsque par hasard la résistance musclée est mentionnée dans les textes, ces derniers reculent.

Alors d’où vient l’image actuelle que nous avons ? Nous essayerons d’y répondre dans plusieurs articles qui suivront. Il est indéniable que les Nordiques ont suffisamment marqué leur temps pour qu’on écrivent à leur sujet deux siècles après : ils ont donc laissé une forte impression.

Les premiers textes qui nous parlent en détails de ces peuples nordiques ont été écrits principalement au XIIème/XIIIème siècle d’une part, et par des moines d’autre part.  Soit deux siècles après leur existence réelle, et par des personnes étrangères à leurs mœurs.

Ces textes de Guillaume de Jumièges, Dudon de Saint-Quentin ou Denis Piramus…  sont clairement orientés.  Ils se distinguent par une exagération très perceptible des exactions païennes. De fait, le topoï du “barbare sanguinaire” est particulièrement vivace. De là à ce que le viking soit le croque-mitaine du bon chrétien, cela ne me surprendrait que peu.

Or, ce qui est assez étonnant, c’est que les annales contemporaines en notre possession ne mentionnent pas le caractère exceptionnellement horrible de ces agissements. Celles de Saint-Bertin mentionne pour l’année 845 : “Les Normands, remontant la Seine, en provenance de la mer, délaissant les lieux marins, dévastant et ravageant par l’incendie.”. Si les morts étaient si horribles et exceptionnelles n’auraient-elle pas été mentionnées autrement?

Pourquoi cette thématique largement exagérée ? L’altérité au Moyen-âge permet des libertés dans le traitement de l’horreur. L’autre n’est pas nous, il peut donc être pire et doit l’être puisqu’il n’est pas chrétien.

La diabolisation du païen est donc particulièrement porteuse dans le cas du viking, et elle s’ancre dans une tradition de raids où tous les barbares sont confondus. De fait, ça marche assez bien puisque cette image a été purement reprise de fils en aiguilles jusqu’à nos jours.

Par exemple, Guillaume de Jumièges décrit les nordiques au XIème siècle comme des : “loups dévorants, qui s’en vont déchirer en pièces les Brebis du Seigneur“. 1631 : ce terme est repris par l’Abbé Du Moulin, Eichhoff en 1853…On retrouve quasi mots pour mots les mêmes images littéraires dans les textes.

Ce même Guillaume évoque le silence si terrible après le passage des raids que les chiens se taisent. Cette image est citée quasi textuellement dans la Grande encyclopédie (1899).

Viking antropophage ?

Wace au XIIème siècle fait même des vikings des êtres gens qui se nourrissent de viande humaine. Ils mangeraient des hommes avant de faire offrande à Thor des restes si on en croit son texte.

Comble du tabou et de l’horreur, l’ingestion de morceaux de corps humain implique au Moyen-âge la destruction du corps et donc de l’errance éternelle.  Il ne faut pas perdre de vue que l’interdiction de l’accès au Jugement dernier pour le viking comme pour le repas découle de cette agissement. Il n’y a donc pas de vie après la mort pour les êtres mangés. Le comble de cette fausse caractéristique c’est qu’on la retrouvera sans plus d’interrogation dans les textes de Jean Béraud-Villars… en 1951.

La raison pure et simple de cette description typique du XIIème est de faire du païen un être maudit et abjecte. L’autre, qui n’est pas Chrétien est forcément diabolique.  Pour preuve, la prière “A furore Normannorum, liberas nos Domine”,  ce qui signifie de la fureur des Normands délivre-nous, Seigneur. On commence également à envisager à la fin du XVIIème siècle l’hypothèse selon laquelle  que les Vikings ont été envoyé en punition divine. Du Moulin les appels ainsi les fléaux de Dieu.

Pour aller plus loin dans le fantasme, Liquet en 1835 évoque un jeu totalement fantaisiste selon lequel les bersekers jetteraient en l’air des nourrissons pour essayer de les faire retomber sur la pointe de leur lance. Là encore la symbolique est forte… Il s’agit de tuer un être innocent d’une manière particulièrement violente. On retrouvera cette caractéristique dans le texte de Béraud-Villard également.

Du Xème au XVIIème siècle, globalement de l’aspect historique du nordique en Europe on ne sait que peut de choses, puisqu’il n’intéresse globalement personne. Et cela laisse donc la part belle au mythe viking.  A contrario, le personnage fictif lui intéresse énormément puisqu’il peut symboliser l’altérité dans tout ce qu’elle a de plus violent. Nous verrons dans un prochaine article comment ces déformations ont évolué avec le siècle suivant.