Vie quotidienne

Activite miniere en pays d’Othe.

Entre Sens et Troyes, donc pas très loin de chez moi, se trouve le pays d’Othe. Les paysages y sont profondément marqués par des activités d’extraction minière et les archives témoignent également de cette activité. Dans cet article, je me propose d’étudier l’activité minière de cette région, tout en prenant garde à ne pas en faire une généralité.

Le pays d’Othe, région minière?

L’étude des sols, calcaires et plutôt difficilement cultivables, montre qu’ils  sont argileux et riches en fer. La proximité de fleuves de taille moyenne a contribué à la présence naturelle de fer dans le sol de cette région sous forme de veines superficielles ou de poches facilement exploitables.

Des traces d’exploitations métallurgiques sont encore visibles dans la forêt d’Othe entre Bérulles et Belluvier, près de Chenneguy et Villefroide. Par ailleurs, l’étude toponymique des lieux montre l’importance de l’exploitation du fer dans la région à travers l’étude du nom des lieux-dits et des communes qui est très explicite. Les Ferrières, Ferrons, Cailloux, Fer, Pierre, Puits…sont légions dans la région.

A l’aide d’archives, et notamment les comptes des revenus seigneuriaux et des monastères locaux, les chercheurs ont établis que l’exploitation minière de ce site correspond au schéma général du développement de ce type depuis l’époque gallo-romaine jusqu’au XVIème siècle. Je n’entre pas dans le détail, mais nous disposons de sources intéressantes issues des livres de comptes des trois grands propriétaires terriens locaux : l’abbaye de Dilo, la Duchesse de Bougogne et comtesse de Flandes et l’évèque de Troyes. Certains seigneurs, importants ou non, ont aussi conservé des traces de cette activité,  tels Nicolas de Fontenay , seigneur de Saint-Liebault et bailli de Troyes, ou Jacques de Brouthières, écuyer et seigneur en partie de Palis.

Comment s’effectue l’extraction minière dans cette région?

Dans un premier temps, le minerai est extrait et réduit sur place dans les hauteurs, en forêt dans des bas-fourneaux. On parle alors de procédé direct. Le fer est obtenu par la combustion de charbon de bois et de minerai, montée en température entre 1200 et 1400°C grâce à l’usage de soufflet manuel durant 10 à 15H. Le four est ensuite ouvert et partiellement détruit pour récupérer la loupe de fer concentrée au fond de la cuve, une fois le mélange en fusion évacué. Les seules traces qui nous restent pour attester de ces pratiques sont l’entassement des résidus qu’on appelle ferriers . Ceux-ci se composent des scories et des parois du four, accompagnés de rebus de minerai et de charbon de bois.

A partir du XIIème siècle en pays d’Othe, le procédé évolue. Il se déplace progressivement vers les fonds de vallée afin de bénéficier de la puissance fluviale qui va permettre d’améliorer les rendements au moyen de l’usage de la forge hydraulique. Les moulins seigneuriaux activent les soufflets et permettent également un meilleur contrôle de la production. Approximativement à partir de 1 300, l’usage du moulin hydraulique et des machines vont simplifier le travail et permettre un plus grand rendement, la conception de pièces plus grandes. C’est à partir de cette période qu’apparaissent les références au coup d’élaboration des moulins à fer ou des forges à eau dans les comptabilités seigneuriales ce qui nous permet d’en savoir un peu plus et bien peu à la fois.

L’apport de la machine et ses conséquences.

Je m’appuie sur la revue très intéressant d‘Histoire et images médiévales n° 34, qui comporte un dossier sur l’”industrie” au Moyen-âge qui comprend un article très intéressant intitulé Un âge de la machine.

Au cours de la première moitié du XIIème siècle apparaît une machine qui marque la première étape de la mutation de la métallurgie européenne : le marteau hydraulique. Fonctionnant sur le même principe que le foulon, la roue entraînait un arbres à cames qui soulevait un marteau que la pesanteur faisait retomber sur l’enclume. Il devenait alors possible de frapper avec des masses que l’homme ne pouvait soulever, d’atteindre, en multipliant les cames, des vitesses de frappes très supérieures à celles d’un forgeron.

La présence des machines permet également de nouvelles innovations, mentionnées par la revue. On utilise le moulin à eaux pour évacuer l’eau des puits et le treuil à bras dans les mines à partir du XIIIème approximativement. Paul Benoit écrit :   Il est certains que les hommes du Moyen-âge ont utilisé l’expérience qu’ils avaient du mécanisme de la came pour actionner les soufflets et surtout ensuite pour donner le vent aux fourneaux de réduction. Ces mêmes soufflets qui permettront alors d’obtenir de la fonte. Pour en savoir plus sur l’usage de la machine, je vous invite à vous référer aux articles qui sont très bons et particulièrement riches dans le dossier.

La fusion du minerai à température dépassant les 1600°C est rendue possible par une maîtrise de plus en plus grande des compétences métallurgiques due principalement à une meilleure circulation des gens et des savoirs ainsi qu’à l’amélioration grandissante de l’hydraulique pendant le XVème siècle. On produit alors de la fonte qu’on transforme ensuite en fer ou en acier. On parle alors de procédé indirect. Si le processus est plus complexe, la qualité et la quantité du fer forgeable est largement améliorée.

Il est établi que les deux procédés se sont maintenus jusqu’au XVIème siècle dans la région qui nous occupe, période à partir de laquelle l’exploitation a cessé en raison de l’amenuisement des filons et de la réorientation de l’exploitation des bois vers les marchés du bois de chauffe pour les villes de Sens, Troie et Paris.

Je vous invite à lire avec attention les sources que j’ai utilisé pour bien comprendre que ce que nous retrouvons aujourd’hui sont des objets perdus ou mis à part, mais que celui-ci à jouer un rôle essentiel dans la vie quotidienne du Moyen-âge ( serrures, armes, protection, plats et couverts, ferronneries diverses…)  et l’économie des zones ferreuses. Le Moyen-âge peu outillé est donc une image d’Épinal qu’il faut une fois de plus écarter aux yeux des études les plus récentes que synthétisent très bien la seconde revue que je mentionne ci-dessous.

Sources :

- Revue archéologique de l’Est n° 57, publiée en 2008,  Miniers et ferriers du Moyen-âge en forêt d’Othe (Aube, Yonne), approches historiques et archéologiques, P. BECK, P. BRAUNSTEIN, M. PHILIPPE ET A. PLOQUIN.

- Histoire et images médiévales n° 34, dossier Existe-t-il une industrie au Moyen-âge, Octobre – Novembre 2010, édition Astrolabe.

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