Sciences et techniques

Les unites de mesures des batisseurs et leurs outils au Moyen-age.

Vaste questionnement que celui de la vie des bâtisseurs du Moyen-âge et leurs techniques. Un seul article ne suffirait probablement pas à satisfaire votre curiosité dans ce domaine tant nous sommes aujourd’hui encore admiratifs devant leurs ouvrages que nous serions bien incapable de reconstruire actuellement à l’identique bien que nos moyens techniques aient grandement évolués.

Au Moyen-âge, on ne parle pas d’ouvriers mais d’oeuvriers : chacun dispose de missions spécifiques sur le chantier par rapport à son savoir faire. On trouve ainsi des carriers, des tailleurs de pierre, des maçons, des morttelliers (qui fabriquent les différents mortiers), des manœuvres (ouvriers non spécialisés chargés du gros œuvre), des charpentiers, des sculpteurs, des forgerons, des bourreliers … Bref, l’ensemble des corps de métiers locaux est mobilisé pendant plusieurs années lors des constructions.

Comment tout ces gens parviennent-ils à travailler ensemble à un ouvrage si grandiose qu’un château fort ou une cathédrale alors que la plupart d’entre eux ne savent ni lire ni écrire, voir ne parle même pas parfois la même langue ? Nous allons dans un premier temps voir les outils et les unités de mesure utilisés puis nous verrons comment on les utilisait de manière plus précise.

Il est important de comprendre qu’il n’y a pas de mesure standard, mais des unités utilisées par certains corps de métiers et pas d’autres… Sur les chantiers, on utilise plutôt le pied et la coudée tandis que le drapier mesurera en aune et en toise par exemple. Pour les liquides, certaines régions comptent en barriques, d’autres en pintes. Les valeurs de ces unités varient en plus d’une région, voir d’une ville, à l’autre : l’aune valait ainsi 0.67m à Bourges, 1.18m à Paris et 1.43m à Laval.

Par ailleurs, pour mesurer sur le chantier, on utilise pas le système métrique décimal que nous connaissons actuellement car il a été standardisé au XVIIIème siècle (1dm = 10cm =100mm ), mais un système duodécimal hérité des Romains. Dans ce système, 12 se divise par 2, 3, 4, 6.

Les unités de mesure au Moyen-âge.


La plus petite unité est la ligne : elle correspond au diamètre d’un grain d’orge soit environs 2.25mm. Selon les régions, les années de récoltes, les mesures vont donc être extrêmement différentes d’une construction à l’autre. Sur les grands chantiers qui durent plusieurs décennies, on peut même parvenir dater les portions de construction grâce à cela.

Il faut douze lignes pour faire un pouce, soit environ une distance de  27mm.

La paume est la distance de la base du pouce à la base du petit doigt.

La palme est la distance du bout de l’index au bout du petit doigt.

L’empan est la distance du bout du pouce au bout du petit doigt.

La coudée est la distance du bout du majeur à la pointe du coude.

Le pied est égale à 12 pouces, soit 324mm ou 3.24cm.

La toise est égale à 6 pieds, soit 1944mm ou 19.44m

Les mesures varient indubitablement d’un lieu à l’autre, pour éviter tout problème de construction, les bâtisseurs utilisent les mesures du maitre d’oeuvre ( responsable de chantier de l’époque). Tous les oeuvriers se conforment à la pige de référence de celui-ci en reportant les marques sur leur propre outil de mesure. Ainsi, même si on ne communique pas tous de façon identique, on est tous d’accord sur les mesures de la construction. Ce système de mesures prises sur le corps permet de mimer clairement ce qu’on veut lorsqu’on est trop loin pour parler ou qu’on ne peut pas se comprendre.

Les outils des bâtisseurs.

Nous avons évoqué plus haut la pige, est une réglette sur laquelle on a reporté les mesures du chantier. Mais elle n’est pas le seul outil important pour le bâtisseur. On utilise des piges variant du pouce à la coudée, parfois à la toise pour les mesures les plus grandes.

Tous les tracés sont effectués avec la corde à 13 noeuds, qu’on utilise depuis les Egyptiens pour effectuer les tracés géométriques et reporter les mesures. Il s’agit d’une cordelette séparées en 12 intervalles réguliers, le dernier noeud formant une boucle. En général, chaque intervalle mesure une coudée mais peu importe la taille de la corde tant que les espaces entre les noeuds sont bien réguliers.

L’équerre en métal sert à vérifier les angles, soit l’angle droit d’une pierre taillée soit l’angle de deux murs. Elle est forgée et non graduée.

Le compas, hérité de l’Antiquité, sert aussi bien à tracer des cercles qu’à reporter des distances ou les comparer. On en trouve de différentes tailles sur les chantiers et le modèle le plus répandu est le compas à charnière. On utilise aussi un compas de tour, beaucoup plus grand, pour tracer le contour des pièces rondes.

Le cordeau est utilisé par les charpentiers et les bucherons principalement. Une fois les mesures reportées au compas, on tend cette cordelette de chanvre épaisse enduite d’une substance semi-liquide colorante et on l’attache ou on la tient à chaque extrémité. En tirant sur le milieu, on va marquer le bois. Ensuite, il reste à suivre le trait pour tailler droit.  Les maçons les utilisent aussi pour vérifier la verticalité et l’horizontalité d’un mur : ils suivent cet outil pour maçonner et poser les pierres, celles-ci devant effleurer la cordelette pour être alignées.

Pour effectuer des tracés, on utilise des pointes de marquage sur la pierre ou le bois et/ou des mines de plomb si on a les moyens car elles sont plus fragiles. On peut aussi utiliser de l’ocre et du charbon.

Pour vérifier l’horizontalité, on utilise un archipendule : c’est l’ancêtre de notre niveau à bille actuel. Il s’agit en général d’un triangle rectangle, une encoche est faite au centre de sa base et un fil à plomb est attachée à son sommet opposé à l’hypoténuse. Pour qu’un objet soit droit, le plomb doit arriver au niveau de l’encoche.

Pour vérifier la verticalité, on utilise un fil à plomb. Il se compose d’une ficelle plombée à son extrémité. Le plomb doit venir effleurer la construction pour que celle-ci soit verticale.

2 Responses to Les unites de mesures des batisseurs et leurs outils au Moyen-age.

  1. COMTE Pierre says:

    Je recherche la grandeur exacte du ” compat”
    qui servait à mesurer la distance entre les bornes armoriées (disparues depuis) avant la Révolution : 1788. Ex. 15 compats et 2 pieds.
    Bien cordialement.

    • Cernunnos says:

      N’ayant pas moi-même connaissance de ces données j’ai fait quelques recherches qui m’ont conduit à une étude des bornes dites “de Hultehouse”, datée aux environs de 1727 (donc avant la Révolution française.). Voici le lien menant à l’étude : http://www.hultehouse.fr/cities/419/documents/pwhz4r7h2mxvta2.pdf

      J’ai pu y lire :

      “Les distances entre bornes varient entre 30 et 52 verges soit environ 86 à 149 m, la
      verge correspondant à 2,87 m. ”

      source utilisée par l’article pour ces chiffres : François OBSTETAR,“ Bornes armoriées ”, SHASE « Pays d’Alsace », Cahier N° 186 a – 1999 cité ici.

      En ce qui concerne plus précisément l’unité de mesure que serait le “compat”, je ne saurais hélas vous en dire plus, n’en n’ayant jamais entendu parler.

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