Sciences et techniques

Absence de medecine occidentale, hygiene au Moyen-age?

J’ai très souvent l’occasion d’entendre de sacrées bêtises sur le sujet, et même d’ailleurs par des gens qui présentent des ateliers sur des fêtes médiévales. Tout se passe comme si, une fois l’Empire romain tombé on n’avait du jour au lendemain oublié les thermes des Romains, oublié les remèdes qu’ils ont eux-mêmes récupérés chez les Grecs. Je souhaite aujourd’hui écrire un nouvelle article sur le sujet, à la lumière d’une sources nouvelles que j’ai trouvé qui s’intitule Histoire des sciences médicales, C. DAREMBERG.

Brutalement, comme on tourne la page d’un livre d’histoire, pouf on change de période : ça n’existe plus… du moins jusqu’aux Croisades où on est sauvé par la transmission des textes arabo-musulmans qui nous ont appris la médecine… ah non, pardon, ils ont rien inventé de plus que les Romains, ils ont emprunté aux Grecs et poursuivis. Je vous épargne également les visions anticléricales bornées qui consistent à dire qu’il n’y a pas eu de médecine occidentale au Moyen-âge parce que l’Eglise était absolument contre. C’est vraiment à se demander comment on peut à ce point occulter les choses quand on prétend expliquer un domaine au public.

 

La médecine occidentale à la chute de l’Empire romain.

Donc, remettons les choses dans leur contexte. Oui effectivement, il y a eu une médecine occidentale durant le Moyen-âge, qu’on peut qualifier de néo-latine.  Elle n’est ni plus ni moins que l’héritière des pratiques gréco-romaines qui se sont transmises et largement diffusées dans des écoles. Je pense notamment à Celse, et à certaines traductions d’ouvrages grecques en latin traduits du Ier au VIIème siècle et conservés.

Réflexion plus basique, mais purement déductive, comment imaginer que les “Barbares” est repris aux Romains leur organisation, leur art de vivre sans récupéré au moins en partie la médecine?!  Si on parle aujourd’hui concernant les interactions à cette période comme d’une acculturation, c’est-à-dire cet espèce de mélange qui font que les “Barbares” ont été assimilés et on récupéré en quelque sorte la culture romaine en plus de la leur en venant s’implanter sur place, on ne peut pas imaginer que la médecine est inexistante au Moyen-âge. C’est totalement stupide.

Ca l’est d’autant plus que nous avons des preuves de la présence de la médecine dans les textes officiels : Charlemagne, dans les Capitulaires de 805 et 807, fait écrire qu’il faut être initier dès l’enfance à la pratique de la médecine comme l’indique le serment d’Hippocrate. Un manuscrit de Milan continent la preuve qu’il existait des leçons publiques sur Hippocrate et Galien à Ravenne vers la fin du VIIIème siècle…

Concernant la France, on a une image très précise de la pensée médicale à Chartres grâce aux manuscrits trouvés là par Richer.  Dès le IXème siècle, il existait une réflexion sur la médecine dans cette ville puisqu’on a retrouvé bons nombres de traductions, de copies et de commentaires des textes classiques… pour atteindre son apogée au XIème et s’éteindre au XIIème face à l’émergence de l’université parisienne.

Hypocrate, Galien, Soranus, …  nous disposons dans beaucoup de pays occidentaux de traductions de ces textes.  La médecine occidentale existe donc dès le début du Moyen-âge à travers la copie des textes antiques et cela signifie qu’il y a eu une émulation réelle qui a permis leur conservation.

Vous comprendrez aisément que de ce point de vue l’école de Salerne, si elle a des caractéristiques bien précises qui la rendent unique, n’est néanmoins pas une exception dans le domaine de la conservation et l’échange sur la médecine médiévale contrairement à ce qui a été longtemps mis en avant. D’autant plus que la grande majorité des ouvrages de cette école sont avant tout néo-latines et gréco-latines approximativement jusqu’au XIIème siècle. L’apprentissage de la médecine au XIème dans les écoles de ce type se fait donc par les traductions, et remaniments,  d’Hypocrate, de Galien, d’Alexandre de Tralles, de Paul … traduction faites pendant le haut Moyen-âge.

La médecine n’est pas interdite aux femmes qui disposent d’un accès à des diplômes spécifiques.  Il existe des médecins  femme qui travaillait à Salerne, dès le XIème/XIIème. Plusieurs ouvrages traitant de la santé des femmes sont attribués à Trotula par exemple :  Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes.

C’est uniquement à partir du milieu XIIème siècle que Gérard de Crémone introduit à Salerne les traductions d’ouvrages arabes, pas avant. Il y a donc bien une tradition médicale qui précèdent les Croisades contrairement à ce qu’on entend couramment.

Sous l’impulsion de Frédéric II, une centralisation des savoirs de cette école se met en place ainsi qu’une plus grande spécialisation.  Il instaure des règlements plus strictes qui stipulent notamment  que trois ans d’études philosophiques et littéraires précédent l’entrée à l’école de médecine,  puis s’ajoutent cinq ans d’études théoriques et un an de “stage” auprès d’un confrère expérimenté.  Les personnes se destinant à la chirurgie doivent avoir une année supplémentaire, uniquement consacrée à la pratique et à l’anatomie. Des sanctions pénales et financières strictes sont appliquées à toute personne qui revendiquerait l’examen sans avoir obtenu de ses pairs le droit d’exercer.

L’hygiène médiévale.

Outre les articles déjà écrits sur la toilette et les soins de beauté médiévaux, il est essentiel de comprendre que la pudibonderie des siècles suivants n’a pas court au Moyen-âge. En 1292, on dénombre selon les sources 26 ou 27 étuves dans la ville de Paris. On sait également que des villes moins grandes comme Dijon, Digne, Rouen, Strasbourg n’en sont pas dépourvues. Lieux agréables, à l’image des thermes romains, et mixtes au départ ils deviennent très vites des lieux de débauche aux yeux de l’Eglise.  On se baigne aussi chez soi, seuls ou à plusieurs, dans de gros baquets mais l’étuve public simplifiait grandement les choses. D’une manière général le bain est plutôt un moment convivial où on se masse ou fait masser, on se lave, on boit éventuellement. Bref, un moment de détente.

Il existe déjà les instruments d’hygiène de bases:  dans une fourgeoire, on range l’escurette (l’équivalent de notre coton-tige), la furgette (le cure-ongle) et le fuquesoir (le cure-dent). Et j’irais même jusqu’à dire qu’ils étaient mieux équiper : alors que nous persistons à repousser le cérumen avec nos coton-tiges, eux utilisaient une sorte de petite cuillère creuse qui permet de l’extraire de l’oreille.

La poudre de dentifrice existe déjà depuis l’Antiquité, de même que le savon et le pire c’est qu’on s’en sert!  Pour ceux qui biensûr n’ont pas les moyens pour le savon, on utilise la saponaire.  Comme vous avez surement lu les articles sur l’hygiène dentaire au Moyen-âge que j’ai écrit ( ici et pour les retardataires), vous savez déjà en principe qu’on soigne les problèmes de dent. Donc on oublie les chicots à la Jacquouille ^^

Enfin, comme on a déjà conscience que les bébêtes ça gratte et c’est pas cool, on se coupe les cheveux plutôt courts et on s’épile intégralement pour les éviter. Et quand malheureusement on en attrape et bien on rase la totalité du crâne et ça part.

Il existe également durant le Moyen-âge, et même depuis l’Antiquité,  des onguents et des maquillages destinés à prendre soin de la peau et agrémenter ces dames pour celles qui ont les moyens, pour les autres des remèdes probablement différents existent également à base de plantes essentiellement.

Tout ça pour dire quoi … que finalement c’est sous la pression de Philippe II et de l’Eglise qu’on commence d’abord à réserver certaines étuves publiques aux femmes, au XVème siècle et que les grosses épidémies de pestes vont achever de convaincre les gens que le bain, c’est mal. La crasse devient alors dans la tête des gens facteur de résistance du corps à la maladie… jusqu’au XIXème.  Donc, qu’on se le dise, en Occident au Moyen-âge, on s’occupe de son corps et mieux qu’à la Renaissance.

Si ces questions vous intéressent vraiment, je vous invite à lire Histoire des bains de Dominique Laty aux éditions Que sais-je? Et vous verrez ainsi l’évolution de l’hygiène au fil de notre histoire. Ca peut sembler un article qui repose sur une réaction un peu épidermique j’en conviens. C’est un peu vrai. Mais en même temps c’est tellement plus intéressant de traiter un sujet qui vous prend aux tripes que je ne pouvais pas m’empêcher d’en parler avec vous. Si vous avez des sources, envie de réagir tout simplement n’hésitez pas les commentaires sont là pour ça !

 

2 Responses to Absence de medecine occidentale, hygiene au Moyen-age?

  1. Ellinor says:

    Je voudrais aussi signaler une autre fausse idée reçue: quand on dit que l’espérance de vie à la naissance au moyen-âge est de 30 à 35 ans, ça ne veut pas dire qu’à 40 ans, on est un vieillard sénile! ça veut dire qu’entre la mortalité infantile, les accidents, les guerres et les morts en couches, on mourrait beaucoup plus jeune qu’aujourd’hui. On était un homme mur à 40 ans, un vieil homme à 75. et on pouvait mourir dans son lit à 90 ans!

  2. Cernunnos says:

    Tout à fait ^^ Ellinor, merci pour cette précision. De la même manière qu’on peut d’ailleurs mourrir aujourd’hui nous autre les dames bien avant 83 ans ^^. Les gens oublient ce qu’impliquent la notion de “moyenne” justement.

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