Sciences et techniques

Le decompte du temps au Moyen-age

La perception du temps au Moyen-âge est très différente de notre perception actuelle, réglementée et universelle.

On a souvent une représentation anachronique de cette période comme une époque hors du temps où l’on suit uniquement le rythme naturelle. C’est à la fois vrai, et faux : il faut remettre cette perception dans son contexte. On stabilise progressivement le début du calendrier au premier janvier (début de l’année civile romaine), mais rien n’est vraiment fixe.

L’alternance jour/nuit fixe le temps journalier, les saisons rythment  l’année.  Rappelons qu’à cette époque, on ne sait pas expliquer autrement ces phénomènes que par l’intervention d’une divinité créatrice : Dieu. Il y a donc un lien bien plus étroit entre la perception du temps et la religion.

Le jour et la nuit :

Les prières suivent le rythme du jour et de la nuit. Les cloches signalent aux fidèles les principales divisions de la journée.

On décompte les heures suivant l’habitude romaine : 12H  de jour, 12H de nuit.

Prime est débutée par l’aube, tierce est à peu près le milieu du matin, sixte correspond aux environs de midi.

None est le milieu de l’après-midi, la nuit arrive aux vêpres (la deuxième heure de nuit) suivie des complies. La sixième heure de la nuit s’achève par les mâtines.

L’heure étant calculée par la présence du soleil, vous comprendrez aisément qu’elle est totalement approximative selon les saisons.

Mais et la nuit alors ?

Et bien en l’absence de soleil ou par mauvais temps on utilise des bougies qui brûlent approximativement en 3 ou 4H. Des sabliers et des clepsydres sont aussi employés.

Les heures du jour et de la nuit n’étaient pas égales mais cela n’avait aucune importance. Les points de repères de l’époque étaient totalement différents. Ainsi, J. le Goff rapporte que des paysans se sont rendus auprès de l’évêque en réclamant un miracle car les coqs ne chantaient plus… cela prouve à quel point les repères temporels de l’époque étaient différents des nôtres.

Les grands évènements de l’année :

Les redevances féodales rythment l’année et ponctuent la vie des paysans. On parle aussi d’impôts seigneuriaux. Certains comme le cens sont mensuels, d’autre à l’année sur les récoltes comme le champart. La taille pour être protégé par le roi, les droit de banalités pour user du moulin et du four communaux, et sans doutes d’autres encore.

Les fêtes liturgiques jalonnent les évènements astronomiques annuels, certaines étant des avatars de cérémonies païennes bien plus anciennes. Elles constituent un deuxième repérage dans le temps pour la population.

Je ne vais pas toutes les dénombrer, néanmoins on peut distinguer les grandes périodes du calendrier.

Les fêtes autour de la naissance du Christ : l’Avent est une période de jeûne les lundis, mercredi et vendredi qui précède la Nativité. La Circoncision (du Christ) correspond à notre premier janvier. L’Epiphanie a lieu le 6. La Chandeleur le deux février.

Les sept jours gras et le Mercredi des Cendres qui précèdent les quarante jours de Carême. La date de ces festivités est prévue selon le calendrier grégorien. Elles ont pour vocation de préparer les fidèles pour Pâques.

Les cérémonies autour de la mort du Christ et de Pâques (Annonciation, Rameaux, Rogations, Ascension, Pentecôte.).

La Fête-Dieu est introduite au XIIIème siècle, c’est l’époque des bénédictions des récoltes, des pèlerinages, des tournois et des grandes foires.

L’été s’étant de la Saint-Jean à la Saint-Michel (24 juin – 29 septembre). C’est une saison intense pour les cultures. Seule la fête de la Vierge, le 15 août, vient perturber le travail des champs.

Le premier novembre, la bénédiction de tous les Saints, et ainsi de suite, on revient à l’Avent…

Le rythme de vie journalier et la conception du temps :

On s’éveille un peu avant les mâtines afin d’être prêt pour travailler au petit jour. On prie, on s’habille puis on fait ses ablutions. Enfin, on part travailler. Un petit encas ou une petite pause vers tierse, puis un repas léger vers sixte. La journée de travail s’arrête et les boutiques ferment aux vêpres. On rentre chez soi, on utilise chandelle ou lampe à huile puis on couvre le feu, en conservant quelques braises pour le lendemain,  autour des complies.

Globalement, l’homme médiéval se fie à l’Eglise et à la position du soleil le cas échéant pour connaître l’heure. Mais le temps qui passe est loin d’être sa préoccupation principale.

Le vulgaire illettré se réfère à la saison, à une fête ou un évènement local (catastrophe naturelle, etc.)  pour fixer le temps de son discours. La mémoire collective entretenue par tradition orale est donc relativement brève.

Il n’y a pas de conception du futur éloigné terrestre. Le seul investissement valable sur le long terme  est celui du Paradis.

Le temps laïque fixe, reposant sur les astres et égal en nombre d’heures, va émerger à la fin du Moyen-âge, sous l’impulsion des marchands des grandes villes,  et se diffuser progressivement dans les campagnes jusqu’au XXème siècle.

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