Litterature medievale

La courtoisie : introduction et contexte (3)

Après avoir présenté l’histoire de la notion de “courtoisie” et ses concepts, il est évident important pour finir de situer celle-ci dans l’Histoire. Dans cette troisième  partie, nous confronterons donc l’idéal courtois à la réalité médiévale.

Il est évident que les textes littéraires ne peuvent pas être traités comme des documents historiques. Ils sont le fruit d’une création de l’imaginaire et ne peuvent être considérés comme miroir du réel.  Un second piège consiste à les interpréter de manière simpliste avec un regard anachronique.

Ils sont réservés au divertissement de l’aristocratie cependant on peut aisément penser que si ce modèle,  créé à un moment historique donné pour un public donné,  a eu autant de succès, il a peut-être été marqué par des tendances de la demande populaire. Ces écrits n’ont surement pas été sans influences du et sur le corps social.

Reflet des divisions sociales

Dans la société médiévale existait un clivage majeur entre les travailleurs et les nobles. La courtoisie a permis à l’aristocratie d’affirmer son identité sociale en renforçant le clivage aristocrate / vilain.  La pratique de l’amour courtois fut en premier lieu un critère de distinction entre les hommes. Cette division se reflète aussi chez les femmes dans la différence entre la dame qu’on courtise et la bergère objet de plaisir.

Au sein de la caste aristocratique, les chevaliers combattent et protègent la société civile, les clercs prient pour le salut des âmes. La courtoisie a permis de se détacher de ce modèle clérical. Les textes courtois ont permis à l’aristocratie chevaleresque d’émerger en culture nouvelle qui exaltait le désir masculin comme féminin. Les clercs qui écrivent ses récits répondent à des commandes. La fin’amor est donc le signe du pouvoir viril et sexuel de la classe chevaleresque.

Une séparation très nette et une communication difficile entre les sexes est notable. Lorsque le garçon a sept ans, il est en âge d’être éduqué. Il est donné au roi ou à son oncle pour faire son apprentissage et devenir chevalier. Les cadets sont destinés à être clercs. L’homme médiéval, pieux, a donc une certaine peur de la femme dont il vit séparé, refoulée par le désir inaccessible.  Cette peur s’exprime par exemple dans les chansons grivoises de Guillaume II d’Aquitaine qui font de la femme un objet.

L’idéalisation de la femme permet de la fuir dans sa réalité concrète. La fin’amor idéalise l’amour masculin qui va jouir de lui-même dans le désir de la femme.  C’est un ennoblissement du désir de l’homme qui ne prend pas en compte celui de la femme.

Par le respect de la femme que prône la fin’amor, se fera un changement progressif des mentalités concernant la femme.

Les pratiques matrimoniales

La déception et la frustration du mariage réel s’oppose à la fin’amor en tant qu’extériorité du mariage.

Toute la société aristocrate est fondée sur le lignage, c’est-à-dire la famille conçue dans le temps . La transmission se fait par l’engendrement d’un fils qui reçoit le nom, la terre et l’héritage de sang de la famille. La stabilité de l’aristocratie est dû à cette institution donc le contrôle de celle-ci est particulièrement sévère. La dimension politique passe avant la dimension sentimentale.

Pour ces mêmes raisons, un mariage peut rapidement être dissous. On trouvait alors un lien de consanguinité et on répudiait l’épouse qui finissait au couvent pour en prendre une plus avantageuse.

A partir du XIIème siècle, l’Eglise a accru son pouvoir sur l’institution en transformant le mariage en saint sacrement en 1152. L’accord des deux époux devient nécessaire. Dans les faits, on ne tenait pas compte des désirs individuels. Généralement, les époux se rencontraient le jour même. Pour le jeune homme, il s’agit de s’établir et de s’affranchir de sa famille. Il n’est pas rare de voir une jeune fille épouser une personne plus âgée (figure littéraire de la mal mariée).

La situation précaire des jeunes

La plupart des jeunes chevaliers étaient en situation précaire puisque seul l’aîné avait une situation assurée. Les autres rentraient dans les ordres ou se mariaient par leurs propres moyens, avec le lot de frustrations qu’on peut imaginer aller avec.

D’une certaine façon, les jeux courtois sont la métaphores de cette rivalité aînés / cadets dans la séduction de la femme d’un autre. Du même coup, cette littérature pose la question de la bâtardise.

Enfin la fin’amor reflète les jeux de pouvoir à la cours. Dès 7 ans l’enfant est placé sous l’autorité du roi ou de son oncle. La dame participe indirectement à l’éducation des jeunes dans une sorte de substitution à la figure maternelle. En les encourageant, elle favorise l’émulsion au sein du groupe.

La littérature courtoise est une transposition d’un modèle pédagogique qui existait : la dame récompense le plus méritant des apprentis.  Ainsi le seigneur profite doublement du zèle de ses chevaliers qui lui doivent obéissance et qui sont au service de sa femme. Cela permet une certaine canalisation de la puissance guerrière des chevaliers qui pourraient mettre en péril la société civile.

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