Vie quotidienne

Toilette et soins de beaute medievaux

Le Moyen Âge – on l’oublie parfois – s’étend sur près de dix siècles. Au cours d’une si longue période, les goûts et les habitudes ont fatalement évolué, se sont transformés. Faute de pouvoir suivre cette évolution, on s’arrêtera à ce XIII° siècle qui constitue en quelque sorte l’apogée de l’âge médiéval.

Les châtelains aiment à se laver. C’est là un premier point sur lequel il convient d’insister. A peine sorti de son lit, le seigneur se jette dans la cuve de bois remplie d’eau brûlante que les serviteurs ou les meschines (les servantes) viennent d’apporter. Il y barbote avec joie. La présence des femmes ne le gêne pas du tout. La pudeur est une invention très postérieure au Moyen Âge. Le corps humain, dans sa nudité totale, n’a jamais paru choquant. Dans les chansons de geste, on voit souvent des jeunes filles, qui sont parfois les propres filles du baron, déshabiller un chevalier fatigué par une longue course et le baigner de leurs mains dans la cuve. Les cœurs, alors, étaient purs…

Il arrive que le seigneur préfère descendre à l’étuve. Celle-ci est située à l’étage souterrain, à côté des cuisines. Il ne se contente pas d’eau ordinaire. Il lui faut des eaux parfumées aux aromates.

Les femmes, pour leur part, aiment se baigner après le repas. Elles prennent leur bain de compagnie, à deux, trois ou quatre. Pour protéger leur chevelure, elles couvrent leur tête de chapeaux de fleurs, plus gracieux que nos bonnets en matière plastique!

On se relave les mains et la figure au moment du déjeuner. Du haut du rempart, un serviteur appelle tout le monde à table au moyen d’une trompe: il “corne l’eau”. Sur une antique fontaine, on peut lire cette naïve inscription: Faut se laver les mains pour être propre pour aller à table. Ce n’est pas un vain précepte. Il ne viendrait à l’idée de personne de s’asseoir sans s’être au préalable livré à des ablutions. N’oublions pas que les fourchettes sont inconnues et que les mains doivent être nettes.

Parce qu’on se sert beaucoup des doigts pendant les repas et malgré le “doublier” sorte de napperon placé sur la nappe et auquel il s’essuie, le convive ne manque jamais, à la fin du déjeuner, de retourner à la fontaine.

De même, après le souper et avant de regagner leur couche, le châtelain et la châtelaine font une dernière toilette. C’est l’heure choisie pour se laver les pieds car, en dépit du bain quotidien, il est bon de se rafraîchir pour mieux s’endormir.

Sans doute observera-t-on qu’il s’agit là de coutumes en usage dans la classe noble. Mais les autres classes sociales connaissent-elles la propreté? Il serait absurde d’imaginer que les paysans n’aiment pas l’eau. Dans les trop rares inventaires de mobilier qui sont parvenus jusqu’à nous, figurent toujours des cruches et des brocs à eau, des bassines qui servent aussi bien à la toilette qu’à la cuisine. Si la paysanne préfère se laver et se coiffer dans la grande et unique salle au sol en terre battue de leur pauvre logis, son époux aime bien faire ses ablutions en plein air, le torse nu, la chainse (chemise) relevée jusqu’aux cuisses, près du puits ou de la fontaine. En gardant les troupeaux, les bergères se lavent volontiers toutes nues dans l’eau d’un ruisseau.

Et dans les villes? Tout comme au temps des Gallo-romains, les établissements publics de bains ont retrouvé la faveur des gens. Ce sont les étuves. Sait-on qu’à Paris, en 1292, il n’existe pas moins de vingt-six étuves, réparties dans tous les quartiers, pour une population qui ne dépasse pas les 150000 habitants? Elles sont ouvertes tous les jours (sauf le dimanche). A la porte, un crieur annonce que les bains sont prêts. On a le choix entre le bain de vapeur et le bain d’eau chaude, avec rinçage de la tête en supplément. Prix du bain de vapeur: deux deniers (le sixième d’un sou). Bain d’eau chaude: quatre deniers. Ces tarifs sont fixés par le prévôt de Paris qui peut les augmenter s’il y a hausse du prix du bois ou du charbon.

On a souvent affirmé que les étuves servaient de prétexte à des rencontres galantes et que jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes s’y donnaient rendez-vous, y jouaient aux dés et y batifolaient librement. Il est certain que l’existence des règlements de police montre qu’il y a eu des abus. Pour les réprimer, il est décidé à la fin du XIII° siècle que les étuves pourront accueillir soit les hommes, soit les femmes, mais que les établissements mixtes sont interdits. Cela n’empêche pas les étuveurs d’embaucher de jeunes et jolies femmes pour masser les hommes et arranger leur chevelure… On comprend donc pourquoi les étuves ont tant de succès à Paris comme dans toutes les grandes villes du royaume.

Les bourgeois les plus fortunés, les commerçants et les négociants, sans dédaigner les étuves, préfèrent se laver chez eux. Mais l’eau est rare dans les villes et, à moins qu’on ait la chance de posséder un puits dans son jardin, il faut avoir recours aux porteurs d’eau qui, moyennant quelques deniers, fournissent la quantité nécessaire à la toilette.

L’évacuation des eaux usées se fait de la façon la plus primitive: on les rejette dans la rue. Les ruisseaux deviennent ainsi, quand la pente est faible, une source d’infections et d’épidémies. Au XIII° siècle, on s’efforce d’organiser des opérations régulières de vidange et de curage des ruisseaux. Des progrès s’accompliront peu à peu.

Se laver, c’est fort bien, encore faut-il séduire, estiment les contemporains de Saint Louis ou de Philippe le Bel. Voici les conseils que, dans le Roman de la Rose de Jean de Meung, une vieille femme qui a passé l’âge des plaisirs donne à un auditoire féminin: “La femme a pour rôle de séduire et de plaire et, pour plaire, de déployer toutes les séductions. Elle changera souvent de coiffure, elle se teindra et aura toujours dans sa chambre des parfums et des boîtes de fard qu’elle se gardera bien de montrer, où elle trouvera à chaque instant de quoi refaire ses couleurs.”

Parfums et fards ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Châtelaines et bourgeoises, au Moyen Âge, en ont abondamment usé.

10 Responses to Toilette et soins de beaute medievaux

  1. Cernunnos says:

    Une fois de plus, j’apprécie énormément la richesse de ton article qui m’a appris beaucoup sur la question.

    Je suis étonnée justement que la propreté soit déjà si présente au Moyen-âge… je pensais que les hygiénistes du XIXème étaient à l’origine des premiers principes de cette “science” … Je me suis bien trompée.

    Merci à toi en tout cas pour ton article.

  2. YouGo says:

    Très joli style d’écriture, très fluide et vraiment agréable à lire, c’est plaisant !

    En ce qui concerne le contenu, tout comme Cernunnos, je suis ravi d’avoir appris de cet article. Cependant, je pense qu’il faut distinguer le lavage (rinçage) de mains coutumier au XIIIè siècle et précédent les repas si j’en crois cet article et la pratique de l’hygiène telle qu’elle est apparue au XIXè siècle. Les état d’esprit et les moyens disponibles ne sont pas les mêmes entre ces deux époques, personne au Moyen-Âge n’aurait imaginé l’existence d’organismes invisibles à l’œil nu, seul le microscope pourra étayer cette hypothèse et plus tard donner lieu au nettoyage systématique des outils chirurgicaux par exemple, une fois l’existence de ces organismes globalement acceptée et ensuite leur implication dans les phénomènes d’infections établies.

    Force est d’admettre que les avancées du XIIIè siècle se sont perdues avec la Renaissance pour émerger de nouveau avec les découvertes scientifiques à partir du XIXè siècle, mais cela via une approche plus fondée dirons-nous qu’une simple commodité.

    Et sinon, c’est vrai que les amoureux se bécotaient dans les bains publics, bains publics ? Et cela en se fouttant pas mal du regard oblique des baigneurs honnêtes…

  3. Cernunnos says:

    Je me suis probablement mal exprimée.

    Il est évident que les notions d’hygiène sont apparues bien après le Moyen-âge et que le Moyen-âge et l’ère industrielle ne sont pas comparables en terme de connaissances scientifiques.

    Seulement je ne pensais pas qu’on y attachait déjà de l’importance au XIIIème siècle en fait… C’est juste ça que je souhaitais exprimer.

    Effectivement, les différences entre les raisons pour lesquelles ont le faisait à chaque époque rendent un peu caduque ma remarque… j’approuve tout à fait ton constat Yougo.

    Il serait intéressant de savoir sur quoi reposait ces pratiques au Moyen-âge justement, tiens.

    Si Le Moine nous lit, peut-être qu’il pourrait nous éclairer…

  4. YouGo says:

    Il a intérêt à nous lire car ces précisions seraient bonnes à entendre. Je trouve l’étude de la vie quotidienne à cette époque au moins aussi intéressante que les hauts faits d’arme, si ce n’est plus !

    Peut-être que l’intuition au Moyen-Âge était plus juste que les mœurs à la Renaissance ?

  5. YouGo says:

    Bingo !

    C’était mon hypothèse, apparemment elle a déjà été vérifiée, et encore, c’était sans compter le dogme chrétien alors tout puissant…

    Merci pour cette recherche, c’est exactement ce qu’il fallait.

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