Sciences et techniques

Herboristerie medievale.

Suite à la demande des gens participant sur la page Facebook du site , notamment David, J.P. et Sandrine que je remercie pour leur lecture attentive de mes articles et leurs encouragements, je me suis penchée avec curiosité sur l’herboristerie médiévale.

C’est un sujet assez complexe ma foi car il est difficile d’avoir accès à des sources de première main et fiables en dehors des bibliothèques qui mettent à disposition un scan payant de leurs parchemins. J’étais sur le point de me décourager lorsque je suis tombée sur le capitulaire De Villis ou plutôt en réalité sur un livre intitulé Explications du Capitulaire de Villis, par Benjamin Edme Charles Guérard. Et, ho magie du numérique!, ce livre est diponible ici.

Qu’est-ce que le Capitulaire de Villis?

C’est une sorte de manuel domestique faisant force de loi qui régit les terres du roi de France afin que l’ensemble de ses gouverneurs agissent de concert. Il aurait été ratifié par Charlemagne entre 770 et 813. L’hypothèse la plus probable serait que celui-ci ait été rédigé en 812 lorsque Charlemagne exige que soit fait l’inventaire de ses terres et domaines toutefois l’évocation d’une femme dans la gestion des biens impose de revoir cette date puisque la dernière épouse du roi est morte en 800.  Donc on va dire autour de 800 pour contenter tout le monde :) .

Il a été publié pour la première fois par Herman Conrig en 1637 et repris à plusieurs reprises par des historiographes ce qui explique l’unique exemplaire qui nous est parvenu. Il est aujourd’hui conservée à la bibliothèque de Wolfenbutell.

D’un manuel à usage domestique à l’herboristerie ?

Dans ce texte, je m’intéresserai particulièrement au dernier des soixante-dix articles, qui se trouve page 86 - 96 de la version en ligne sus-mentionée.  Il comporte l’ensemble des herbes, arbustes et arbres que le roi aurait souhaité voir pousser dans les jardins royaux, et notamment les jardins monastiques. Mais je mentionnerais également l’article 43 qui évoque brièvement les plantes en usage pour la teinture des tissus. La majorité des simples sont à la fois des plantes médicinales et des plantes alimentaires et/ou aromatiques. On distingue plusieurs sections différentes dans le jardin monastique clairement ordonné et organisé : l’herbularius où vivent les simples,l’hortus : le potager,  et le viridarium, le verger.

C’est le ou les moines en charge du jardin qui s’occupent de la culture des plantes et arbres. Si au départ on se contente de faire pousser les plantes locales, très vite on importe également de nouvelles espèces aux propriétés différentes. Parfois, certaines abbayes se spécialisent dans une espèce particulière et échangent le produit de leur récolte :  les Chartreux de Fribourg-en-Brisgau cultivaient Radix Angelicae, les Bénédictins de Wurtzbourg Radix Liquivitiae.

Toutefois, les plantes des jardins ne suffisent généralement pas à subvenir aux soins des moines et de la population locale, aussi on se sert également dans les environs de l’ensemble des plantes qu’on peut avoir sous la main.

Les simples employés au Moyen-âge.

Voici donc la liste tant attendue des plantes mentionnées dans le capitulaire :

 

Extrait du Capitulaire de Villis, article 70.

 

Voici la liste telle que données par Wikipédia dans l’article concernant le capitulaire dont je reporte ici la traduction proposée :

“ Nous voulons que l’on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir : lis, roses, fenugrec, costus [balsamite ?], sauge, rue, aurone, concombres, melons, gourde, dolique, cumin, romarin, carvi, pois chiche, scille (oignon marin), iris, estragon, anis, coloquinte, chicorée amère, ammi, chervis, laitue, nigelle, roquette, cresson (de terre ou nasitort), bardane, menthe pouliot, maceron, persil, ache, livèche, sabine, aneth, fenouil, chicorée, dictame, moutarde, sarriette, nasitort, menthe, menthe sauvage, tanaisie, cataire, grande camomille, pavot, bette, asaret, guimauve, mauve, carotte, panais, arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, radis (ou raifort), échalote, cive, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épurge, sclarée.

Et que le jardinier ait au-dessus de sa maison de la joubarbe.”

Le viridarium ou verger : (“vergier” en vieux français) planté de vigne, de charmille et de buis, il peut aussi évoluer en jardin d’agrément. Il doit contenir plusieurs exemplaires des 16 arbres fruitiers suivants : noyer, noisetier, pommier, poirier, prunier, sorbier, néflier, châtaignier, pêcher, cognassier, amandier, mûrier, laurier, pin, figuier, cerisier.

Pour aller plus loin sur l’usage connu des plantes mentionnées rendez-vous  sur le site de l’Encyclopédie de la langue française : un tableau des plantes mentionnées dans le texte, illustré et surtout leur usage est proposé.

Par ailleurs, un petit mot sur les plantes utilisées en teinture en mentionnant la simple traduction de l’article 43 :

Que l’on distribue à temps dans nos ateliers féminins, selon l’usage, le lin, la laine, la guède, le vermillon, la garance, les peignes à carder la laine, les chardons , le savon, la graisse, les petits récipients et autre matériel nécessaire en ces lieux.

Je n’ai pas souhaité reporté ici le texte original en latin pour éviter de rendre l’article trop long, je vous invite à vous rendre sur l’oeuvre numérique que j’ai mentionné car les explications sont réellement intéressantes et le texte original est utilisé. Cet article est très exhaustif, sans doute d’autres plantes ont elles enrichi les jardins progressivement jusqu’à la Renaissance. En espérant avoir répondu à vos attentes, bonne lecture!

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