Vie quotidienne

Halloween,Toussaint,Fete des morts : Celtes versus Chretiens

Halloween,Toussaint,et fête des morts : Celtes versus Chrétiens.

Droit d’aînesse oblige commençons par les Celtes, présents depuis -1200 av JC, ça en impose quand même.
Les fêtes de la Samain, qu’on peut aussi écrire Saman, Samhna, Samhain ou Samonios est une fête celtique qui augure de la nouvelle année. Ces festivités débutent à la nuit du 31 oct pour s’achever au mieux le 3 novembre. (be oui! on peut ripailler pendant 15 jours derriere si on veut)

Le 31 oct : C’est une nuit à part quasi hors du temps qui n’appartient plus à l’année précédente ni à la nouvelle année et où les portes entre mondes des vivants et des morts s’ouvrent
le 1er nov fête les grand héros.
le 2 nov fête tous les morts.
le 3 , c’est le jour des réjouissances, repas, réunion de famille (ou juste le début ).

Pour les chrétiens on trouve au haut moyen âge :
Le 1 nov, une fête fixée en 837 par le pape grégoire IV et qui est destiné à honorer tous les saints.
Le 2nov,  qui honore la mémoire des morts elle voit le jour en 1048.

Dans l’ensemble il y a donc deux notions importantes qui se dégagent ici :
-Le culte des défunts.
-La fin d’un cycle.

Le culte des défunts.

Bien avant l’ ère chrétienne, dés que les hommes ont honoré leurs morts, c’est de façon universelle que la notion d’âme, comme émanation du défunt, a vu le jour. Mais on ne lui imaginait pas un lieu lointain où elle irait demeurer, non on pensait alors que l’âme des morts poursuivait une existence invisible certes mais aux côtés des vivants. Peu à peu donc s’est faite l’idée d’un monde des morts côtoyant le monde des vivants.

« et que ce gage de piété reconnaissante nourrisse les lares qui résident dans l’enceinte de la maison ! » Ovide.

Dans les diverses mythologies les morts qui atteignent ce monde parallèle y reproduisent tous les bonheurs de la vie réelle comme manger à satiété ou combattre…

Toujours proches des vivants donc, les morts ne tenaient pas à ce qu’on les oublie pensait on, et c’est pour perpétuer leur souvenir que seraient nés les rites funéraires : gestes de souvenir d’abord volontaires, ils deviennent rapidement obligatoires.

Pour les Celtes l’année était ponctuée de diverses fêtes religieuses, il y en avait quatre principales :
- le 1er février IMBOLC fêtait le Printemps
- Le 1er mai, BELTANE fêtait l’été
- Le1er août, LUGNASAD fêtait l’Automne
- Le 1er novembre, SAMAIN fêtait l’hiver

A cette occasion des fêtes de Samain, festins et déguisements étaient de mises (tient !! on sent poindre l’ halloween là) pourquoi?

Cette fête marquant la fin de l’année, était aussi vu comme un de ces moments particuliers où les portes entre le monde des morts et des vivants pouvaient « s’ouvrir ».  Aussi , histoire de tromper les morts qui pourraient errer, l’espace d’une nuit, dans le monde des vivants, on n’hésite pas à ce déguiser de façon à passer pour un des leurs. Quant aux festins ils sont là pour obtenir leur bonnes grâces, histoires qu’ils ne se vengent pas par des tours pendables comme saccager les récoltes.

La fête de la Samain se déroulait sur 3 jours, mais les réjouissances pouvaient se poursuivre sur 15. La fête avait une dimension culturelle et religieuse. Car c’était le jour où le Dieu de la mort informait les morts de l’année de leur nouvelle destination ou “réincarnation”.

Bien sûr quand les Celtes sont devenus gallo romain, les coutumes romaines et celtes se sont interpénétrées.
Ainsi les romains avaient pour habitude à cette époque de l’année appelée Féralia , de fêter aussi leurs morts en allant fleurir et garnir les tombes de présents( tient!! ça ressemble au 2nov qui fleurit nos cimetières de chrysanthèmes.)

Et la fête de tous les saints alors d’où vient elle?


En 607, le pape Boniface IV dédit le panthéon à la Vierge et au martyrs et décide qu’au 13Mai seront honorés tous les saints en ce seul jour. Il est vrai qu’ils étaient nombreux les martyrs, trop nombreux!!! Et souvent inconnus au point qu’il était difficile de leur donner à chacun un jour dans le calendrier. On trouva donc cette idée d’une fête commune.
En 731, le pape Grégoire III consacra une chapelle dans l’église de Saint-Pierre en l’honneur de tous les saints et déplaça la fête au 1er novembre. Mais c’est Grégoire IV qui, venu en France en 837, sous le règne de Louis le Débonnaire, inscrivit la Toussaint au calendrier liturgique universel.

En agissant ainsi l’Église reste fidèle à sa stratégie : face aux fêtes païennes ce qu’elle ne peut éradiquer elle l’absorbe. Sur les 3 jours de Samain elle superposera la Toussaint et la fêtes des morts (1er et 2 nov)
la fête de la Samain ne devient plus ainsi que la veille de la fête de tous les saints All hallow’s eve. L’institution de la fêtes des morts le 2 novembre finira de pousser la Samain dans l’oubli

La fête des morts ensuite.

La fête des morts du 2 nov trouve son origine dans une légende et voit le jour dans la grande abbatiale de Cluny sous l’ abbatiat d’ Odilon.

“La légende raconte qu’un pèlerin revenant de Jérusalem, fit naufrage sur une île voisine de la Sicile
et y rencontra un ermite qui vivait là dans des conditions très austères ,apprenant que le pèlerin était français il lui demanda des nouvelles de Cluny et de son grand abbé Odilon. Surpris le pèlerin demanda pourquoi? L’ermite répliqua que son île était habitée par des diables et que la terre se couvrait de flamme ou ces démons jetaient les âmes des trépassés. Mais que depuis peu, ces mêmes diables ne cessait de vociférer contre Odilon, en faisant leur ennemi juré car les prières du monastère rachetaient les âmes de certains, les envoyant tout droit au ciel.
Alors que le pèlerin reprenait sa route l’ermite le conjura d’aller voir Odilon et de lui raconter tout cela. Bien sur c’est ce que fit le pèlerin. Aussitôt Odilon décida que son monastère prierait pour les mort,tous les 2 novembre.


Nous étions en 1031, par la suite en 1048, l’Église institua ce jour à tout le clergé.

Ainsi s’effaça tout au long du moyen age le souvenir des fêtes païennes de la Samain qui ne perdurèrent vraiment qu’en Irlande comme All hallow’s eve .

Et pour sortir un peu de mon champ temporel médiéval , signalons encore que la coutume irlandaise s’exporta avec tous les immigrés qui fuirent la famine de 1846. Excepté que pour fabriquer les lanternes ils troquèrent leur raves irlandais pour les généreuses citrouilles américaines.

La fin d’un cycle.

Les coutumes ancestrales sont très souvent dépendantes des rythmes naturels qui ont engendré les rites agraires, le fait de voir dans ce moment de l’année la fin d’un cycle, c’est bien sûr faire référence, aux semailles engrangée de la saison passée, aux labours du moment, à l’ensemencement futur porteur d’espoirs.

Novembre c’est le moment où la nature semble mourir, la terre se dépouillant de sa végétation, tout semble rentrer dans le sol, cette période semble donc on ne peut plus propice au rappel de la mémoire des morts. C’est aussi une entrée dans la « mauvaise » saison ou en plus de faire froid, la nuit domine le jour: la symbolique de la lumière et du feu y trouve donc toute leur place.

La veille de la nuit de Samain, se déroule un rituel autour du feu: Les chefs de famille éteignent le feu de l’âtre de leur foyer et se rassemblent là, où les Druides vont procéder à l’allumage du feu sacré de Samain, à l’aide bois issu de chênes consacrés. Ensuite tous se rendent sur les points hauts, pour y allumer des feux de joie, histoire d’éloigner les esprits malfaisants. Enfin chaque chef de famille repartira avec quelques braises, tirées de ce feu sacré, qui serviront à rallumer un nouveau feu que l’on entretiendra jusque l’an prochain.

Pour bien comprendre toute la portée de ce geste, tout le sacré de ce feu allumé par les druides ,et dont on prélève une braise, il faut savoir qu’à cette époque et pendant tout le moyen age et même après voir son feu s’éteindre est une catastrophe. Allumer un feu n’est pas si aisé et requiert du temps, de la technique et du matériel:et oui ! pas d’ allumette mais un briquet, une pierre un bouchon de paille et de l’amadou et surtout du temps. Bref quand on a la malchance où la maladresse de voir son feu s’éteindre (au clair de la lune … je n’ai plus de feu..) on ne peut plus compter que sur la générosité des voisins(ouvre moi ta porte ) à vous donner un peu de leur braise geste que l’on ne refusait pas ( « pour l’amour de Dieu » va chez la voisine …on bat le briquet )d’ où la solennité de tout une communauté qui volontairement se prive de feu …

Quand aux fameuses lanternes, avant la légende de Jack O lanterne les druides plaçaient une lumière dans une rave pour indiquer aux morts qu’ici habitent des vivants. Elles sont donc les guides des âmes défuntes, qui cette nuit là voisinent autour des vivants. C’est pourquoi on laissera aussi la porte entre-ouverte et une place à table.

Cette symbolique des deux mondes : l’ombre et la lumière, la mort et la fertilité, le monde d’en bas(les ” enfers “) et le monde d’en haut (les ” vivants “) se retrouvent dans bien des mythologies.
A commencer par la mythologie grecque avec les Mystères, le mythe de Démeter, Perséphone et Hadés. Rites liés au séjours des morts, au cycle des semailles.
En la matière le mot celte « samain » désignerait la réunion certains veulent y voir ici l’union de Dagda et de Morigu. “. L’union d’un dieu avec la déesse des enfers. Cela n’exclut pas que, dans cette fonction précisément, elle ait pu dispenser la fertilité ; en ce cas, le samuhin compterait également au nombre des cérémonies agricoles d’Irlande ” (ibid., p. 238Jan de Vries)
Pour ceux qui sont aussi féru d’astrologie novembre c’est le mois du scorpion symbolisant la mort (psychologique)en tant que renaissance, transformation.
j’arrête là car on pourrait refaire un article juste avec la symbolique

En guise de conclusion je dirais qu’il reste à chacun de nous la liberté de vivre ces moments là à sa guise. Ignorer tout et juste profiter du jour férié ou faire la fête avec les copains.
Penser à nos chers disparus juste ce jour là ce serait pareil à : ne dire je t aime à sa maman que le jour de la fête des mères, et surtout tomber dans le piège commercial de notre société de consommation. Ceci dit pour se faire l’avocat du diable notre mode de vie est bien souvent tel que happé par sa vitesse il nous faut bien un jour dans le calendrier dédié à certaines occupations pour nous rappeler de le faire.

Il est ironique de voir de que, depuis peu, le changement d’heure d’été s’est déplacé du dernier week-end de septembre pour celui d’octobre, encore une histoire de lumière ! (Mais je doute qu’il y est eu corrélation entre les deux, dans l’esprit du bureaucrate qui nous a pondu ça)

En ce qui me concerne moi j’ai passé 2 aprés midi au chaud à vous concocter cet article en me souvenant avec nostalgie de la tournée des cimetières de mon enfance (jusqu’à 4) dans la froideur humide et grisâtre de novembre où la seule chose agréable c’était la chaleur du cornet de marrons chauds dont la taille diminuait chaque année(où bien alors c’est moi qui grandissait) pendant que son prix croissait.

mes références : hétéroclites et essentiellement web.

http://www.teteamodeler.com

http://www.france-pittoresque.com

http://mythologica.fr

2 Responses to Halloween,Toussaint,Fete des morts : Celtes versus Chretiens

  1. Ethelbert says:

    “il faut savoir qu’à cette époque et pendant tout le moyen age et même après voir son feu s’éteindre est une catastrophe.”
    Et même avant. Il ne faisait pas bon être Vestale lorsque le feu s’éteignait à Rome. :)

  2. Yselune says:

    Sauf qu’en fait les Celtes c’est -1200 comme je le signale en intro alors que les Vestales c’est aprés la création de Rome – 700 donc CQFD les Vestales c’est pas avant les Celtes
    bon allez je te taquine ETHELBERT merci d’avoir rappeler cette facette (dont j aurai du me servir) qui vient etayer fort à propos cette allégation
    j’en ai profité pour revoir mon histoire antique : les pauvres vestales la moindre grosse catastrophe et c’était pour leur pomme

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