Vie quotidienne

Le statut de la femme au Moyen-age.

On entend souvent dire que la femme n’avait pas d’âme au Moyen-âge, et on a très souvent la représentation de la femme cloitrée sous l’autorité du père ou du frère puis du mari… Et pourtant, cette représentation faussée car elle est l’archétype même de la femme de la Renaissance qui redécouvre et impose les standards du droit romain, et plus encore celle du XIXème siècle du code Napoléon.  Qu’en est-t-il de la réalité?

Pour comprendre le statut de la femme au Moyen-âge, il est important de remonter bien avant celui-ci. Car toute l’ambiguïté du statut de la femme repose sur l’antagonisme de deux modèles différents : la femme romaine et la femme celte, la femme totalement dépendante de l’autorité de l’homme et la femme qui bénéficie de droits plus ou moins identiques.

Femme celte vs femme romaine :

Chez les Romains elle n’a aucune possession, et j’irais jusqu’à dire qu’elle sert de faire valoir à sa famille qu’elle a le devoir de faire prospérer. Elle quitte l’autorité du père ou du frère pour aller directement sous celle de son mari. Elle ne sort pas, ne participe pas à la vie de la citée. Sa seule obligation est de gérer son foyer, contribuer à sa gestion matériel et éventuellement les travaux dits “de femmes”.

Chez les Celtes, la femme a une existence propre. Elle peut disposer de biens propres dont la propriété lui est exclusive : ils la suivent lors de son mariage, en cas de séparation, elle en reste propriétaire.

Il n’y a pas d’obligation de durée dans le couple celte. La femme étant toujours liée à sa famille d’origine, contrairement à la femme romaine, y retourne en cas de séparation. Celle-ci ne se fait pas sans motifs graves sous peine d’obligation de paiement d’un lourd dédomagement.

La femme pouvait quitter son époux en cas de mauvais traitements, elle pouvait alors disposer de ses biens, mais aussi de sa part sur ceux acquis pendant toute la durée du mariage.

Même si dans le cadre de la vie privée, la femme celte dépend de l’autorité de son père puis de son mari, contrairement à la Romaine  la Gauloise participe aux combats et à la vie de la citée à part entière.

Attention, toutefois, Jean Markale nuance largement :

On sait maintenant que la société de type celtique, du moins en droit, accordait aux femmes une place que celles-ci n’avaient pas dans les autres sociétés contemporaines. Elles participaient à la vie politique et à la vie religieuse; elles pouvaient posséder des biens personnels ; elles pouvaient régner; elles pouvaient fixer librement leur choix sur un homme, elles pouvaient divorcer si leur mari outrepassait ses droits, et, en cas d’abandon du mari ou de l’homme suborneur, elles avaient la possibilité de réclamer une forte indemnité. Mais il faut se garder de conclure que la Femme celte vivait dans un authentique paradis. Car les lois qui les favorisaient, et dont on trouve la preuve dans les codes de lois gallois, bretons et irlandais, ces lois ont quand même été élaborées par des hommes qui appartenaient à une société fortement androcratique, ce que l’on pourrait appeler d’une façon très commode et justifiée – une société paternaliste. Ces lois visaient à maintenir les femmes dans un cadre, certes libéral, mais qui ne mettait pas en cause l’essentiel, c’est-à-dire qui éliminait toutes les conditions qui auraient pu nuire à la foule des individus mâles. En fait, tout se passe comme si les Celtes avaient été obligés de garder certains éléments des anciennes structures ayant existé chez les peuples autochtones qu’ils avaient conquis et assimilés.

Bref, même si le portrait que je viens de dresser est à prendre avec des grosses pincettes, il est indéniables qu’en droit les femmes plus de droits dans la société traditionnelle celte.

On peut supposer que le début du Moyen-âge, et particulièrement les zones rurales loin de Rome, sont encore sous l’influence de cette tradition malgré le droit romain, d’où cette ambivalence que j’évoquais.

Le statut de la femme au Moyen-âge.

Les femmes de condition.

Régine Pernoud dans Pour en finir avec le Moyen-âge, et surtout dans La femme au temps des Cathédrales et La femme au temps des Croisades, s’intéresse particulièrement au statut de celle-ci. Elle pose ainsi ce constat  :

N’est-il pas surprenant, en effet de penser, qu’aux temps féodaux la reine est couronnée comme le roi, généralement à Reims, parfois dans d’autres cathédrales du domaine (à Sens, pour Maguerite de Provence), mais toujours par les mains de l’archevêque de Reims? Autrement dit, on attribue autant de valeurs au couronnement de la reine qu’à celui du roi.

Or, la dernière reine qui fut couronnée est Marie de Médicis; elle le fut d’ailleurs tardivement en 1610, à la veille du meurtre de son époux Henri IV; [...].

et  d’ajouter quelques lignes plus bas :

Dès ces temps médiévaux (le terme est pris ici par opposition aux temps féodaux), le couronnement de la reine avait pris moins d’importance que celui du roi ; en une époque où la guerre régnait en France à l’état endémique, ([...]), les besoins militaires commencent à primer sur toute préoccupation, et le roi est d’abord chef de guerre.

L’archevêque irait-il couronner une femme sans âme? Autrement dit, le statut de la reine médiévale à l’origine n’était pas si mauvais que cela, de même pour la femme du petit seigneur. Elles exercent pleinement le pouvoir en cas d’absence ou de décès du mari, elles ont quelques possessions propres qu’on appelle leur douaire.

Lorsque le mari part en Croisade, il n’est pas rare qu’il soit accompagné de l’ensemble de sa famille, sauf si le jeune héritier ou le domaine nécessite la présence de l’épouse sur place ou si celle-ci est enceinte. Ainsi, Aliénor d’Aquitaine suit son époux Louis VII. Un témoignage atteste de la présence et du soutien des femmes pendant le siège d’Antioche : celles-ci donnant de l’eau aux combattants. La femme n’est donc pas cloîtrée chez elle.

Ajoutons aussi que certaines abbesses avaient énormément de pouvoir sur leur congrégation, ainsi que sur le rayonnement de celle-ci. Ainsi, Régine Pernoud cite l’exemple du monastère de Paraclet au XIIème siècle, dont la supérieure est Héloïse. Ce qui prouve que les femmes d’église étaient particulièrement cultivée… elle agit sur le domaine qui lui est confié comme le ferait un seigneur sur le sien.

Jetons un sort aux mariages arrangés, qui constituent également un mythe assez solide. L’Eglise impose pour accorder le mariage l’accord des deux époux, ce qui n’était pas le cas avant. Plus qu’à notre époque, elle a agit avec souplesse en tolérant certaines ruptures…  Je ne dis pas que les mariages arrangés n’existaient pas, mais qu’on exagère largement la question. Quid par exemple de la situation dans les terres musulmanes à la même époque? Bref…

N’ont-elles donc pas d’âme? Au passage, donnerais-t’on l’eucharistie à la femme si elle n’en avait pas? Mais alors pourquoi ne pas aussi donner la sainte hostie aux animaux en ce cas?  Vous me direz sans doute que je m’intéresse uniquement au statut de la femme puissante, et qu’il est autrement plus difficile d’être une femme du peuple… Et bien là encore, pas tant que cela.

La femme du peuple.

La femme médiévale travaille dans les champs certes, mais à la ville elle dispose aussi d’un accès à  tout un tas de petits métiers. Tous les métiers qui correspondent plus ou moins à la prolongation d’activités domestiques leur sont totalement accessibles. Dans les métiers de l’alimentation et du tissu, elles sont très représentées.

Le site Vivre au Moyen-âge présente ainsi le cas d’Agnès.

En 1415, à Toulouse, les balles des boursiers (fabricants de bourses) poursuivent le ceinturier Hélie Olivier et son épouse Agnès, accusés d’exercer le métier de boursier de façon illégale. Agnès déclare qu’elle est demeurée plus de douze ans en ce métier et le connaît. Une transaction intervient. Moyennant le paiement des frais du procès, des droits d’entrée et l’exécution d’un chef-d’œuvre, Agnès est autorisée à travailler comme boursière, avec un seul apprenti, sans que son mari puisse l’aider. La place des femmes dans l’artisanat est donc loin d’être négligeable.

Si on se penche sur les archives urbaines, on constate que les femmes peuvent s’exprimer dans des assemblées, de même que dans certains conseils ruraux. Les actes notariés prouvent qu’il n’est pas fait mention de l’obligation pour elles de fournir une autorisation pour ouvrir un commerce…

La femme n’est donc pas cloîtrée et sans importance sociale, comme elle le sera dans les siècles suivants.

Pourquoi tout ces stéréotypes alors?

A partir du XIIIème siècle, la situation de la femme va changer et progressivement se refermer sous l’impulsion de l’Eglise. On décide de cloitrer les moniales et de les cantonner à la prière, limitant progressivement leur instruction tandis qu’on développe l’accès aux universités pour les hommes. Ce n’est qu’au XVIème siècle, en 1593 que la femme est clairement écartée de toute fonction d’Etat. Pourquoi ?

Parce que la découverte du droit romain va avoir une influence considérable sur le statut de la femme, et particulièrement à la Renaissance où celui-ci devient la norme à suivre sine qua non.

Le droit romain n’est pas du tout favorable à l’épanouissement social de la femme. Il va progressivement instaurer la vision du père comme chef de famille au détriment des tissus familiaux plus souples des périodes précédentes que permettait le droit coutumier.

Ce dernier préconisait en cas de décès sans héritier, le retour des biens du mari à sa famille et le retour des biens de la femme à la sienne, et surtout le pouvoir de déshériter n’existait pas.

Au XVIIème, la femme prend obligatoirement le nom de l’époux marquant la progression de ses tendances qui ont débuté à la fin du Moyen-âge et au début de la Renaissance…  jusqu’à son avènement avec le Code Napoléon, la toute puissance du père est largement mis en place. La femme n’est alors plus maitre de ses biens, n’a plus aucun pouvoir décisionnaire sur ses enfants ou sa famille.

En guise de conclusion courte car l’article est déjà long, je dirais simplement ceci : alors, finalement, le Moyen-âge, pas si obscurantiste que ça en ce qui concerne la place des femmes, non ?


14 Responses to Le statut de la femme au Moyen-age.

  1. line says:

    Saluee je suis une étudiante et jaimerais savoir si votre site est fiable et si vous avez des références …

  2. Cernunnos says:

    Alors … j’explique concrètement comment je traite mes sujets… J’effectue un certain nombre de recherches dans les livres quand c’est possible (papier ou numérisés) et sur des articles universitaires en ligne (revues type paleobios, persée, etc… ).

    De là à dire que mon site est fiable, on va dire que j’essaye au maximum de mes possibilités de ne pas dire trop de conneries et que je compte bien sur mes lecteurs potentiels plus qualifiés ( genre les étudiants d’histoire par exemple… ) pour me faire remarquer mes erreurs éventuelles car il y en a surement.

    Si vous lisiez cet article, vous constateriez que les références extérieures sont en italique et que le nom de l’auteur y est mentionné. Ainsi que les liens lorsque j’ai cité un extrait d’un site web.

    En l’occurrence si vous souhaitez des références je vous invite à lire Régine Pernoud qui a beaucoup écrit sur la femme au Moyen-âge même si son oeuvre est un peu datée.

    • Audrey says:

      Bonjour , je suis egalement etudiante en Histoire . POur Line , si tu veut des livres sur la femme au moyen age , je te suggere George Duby ” Histoire des femmes en Occident . Moyen age ” / ” Le chevalier la femme et le pretre ” / ” Mâle Moyen age ”
      Jean Verdon ” Les femmes en l’an Mille ”

      Il y en à beaucoup d’autres , mais pour l’instant ce sont les seuls qui me viennent à l’esprit !
      Bonne continuation dans tes etudes !

      • Cernunnos says:

        Effectivement Audrey, je connais quelques travaux de G. Duby que j’ai déjà eu entre les mains, notamment Mâle Moyen-âge que j’ai pu lire en fac y’à quelques années et qui m’a marqué pour son approche intéressante à l’époque.

  3. ysalaïs says:

    et oui line il faut commencer par lire avant de poser ses questions il est vrai que Régine pernoud date un peu mais elle a eu le mérite d’ouvrir la bréche aprés G DUBY et les historiens “purs” lui ont souvent reproché sa formation ecole des chartes un peu légére à leur goût( comme quoi les hommes ont encore un peu de mal avec les femmes qui étudient) depuis bien des ouvrages ont vu le jour cf une petite bibliographie hétéroclite sur mon site http://www.jardin-medieval-tarn.com “nos references” et le meilleur pour la fin
    bravo à vous cernunnos pour cet article équilibré et bon indicateur du statut de la femme dans sa globalité aprés selon les régions et les périodes(1000ans le MA je rappelle)on peut moduler

  4. Cernunnos says:

    Tout à fait Ysalaïs. Le propre de l’Histoire est d’être une science humaine pour laquelle la rigueur est aussi importante que la nuance… du moins c’est comme cela que je me la représente.

    Merci surtout à vous de prendre le temps de lire et de commenter :)

  5. lenul says:

    Line voulait sans doute parler de sources primaires,
    Regine Pernoud a défendu une thèse,qui n’est qu’une interprétation parmi
    d’autre,evitons d’en faire LA référence
    meuhhhh !!! c’est quoi un historiens PUR????
    attention a ta conclusion (un peu trop partisane) et a la “globalisation”comme le dit ysalais 1000
    ans d’histoire ,des régions des coutumes des statuts sociaux différents,…..
    cela entraine forcement des différences enormes
    les historiens(nes) ont un peu de mal avec les chercheurs qui “veulent démontrer que”
    le sexe n’a rien a voir la dedans!!!!

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