Arts militaires

Premiere croisade : Antioche a Jerusalem

 

 

Après la prise d’Antioche le 28 juin 1098, dont nous avons parlé dans le précédent article, une épidémie se répandit.

Par ailleurs, la poursuite de l’expédition est fixée au mois  de novembre, pour laisser passer la chaleur estivale.

En réalité, le départ des Croisés sera retardé de six bons mois pendant lesquels de petits raids masqueront les dissensions des barons aux yeux de l’armée.

Une epidemie oblige les Croises a stationner a Antioche…

L’évêque Adhémar de Monteil compte parmi les victimes, probablement une épidémie de thyphoïde.

Les Croisés mènent un certain nombre de raids pendant l’été à la recherche d’un climat plus salubre et de butin.

Ci-contre : L’évêque Adhémar de Monteil au siège d’Antioche.

Pendant cette période, ils prennent facilement plusieurs petites places fortes syriennes pour subvenir à leurs besoins pendant l’hiver.

Lorsqu’ils reviennent à Antioche, l’épidémie a décimé une bonne partie de la ville.

Le 5 novembre, les barons se réunissent mais aucune date n’est arrêtée pour la reprise de la marche. De même, le problème de la possession d’Antioche n’est pas résolu. Bohémond promet de ne pas entraver la croisade et de marcher à sa tête. Pour contenter les hommes, on met en place des raids locaux. Les Francs confortent leur position en Cilicie.

… mais le temps des desaccords prend le dessus.

Lorsque les Croisés reviennent tous à Antioche pour fêter la Noël, les mésententes sont telles qu’elles ne semblent pas pouvoir trouver de solution. La mort de l’évêque, légat du pape,  a entrainé la perte du seul verrou qui maintenait plus ou moins l’unité parmi les barrons.

Ci-contre : Portrait de Bohémond Ier de Tarente,  par le peintre néo-classique Merry-Joseph Blondel

Raymond et Bohémond ne s’accordent pas du tout sur le serment prêter à Alexis Ier et encore moins sur le contrôle d’Antioche. En effet, aucun représentant d’Alexis n’est présent et celui-ci ne semble pas revendiquer son dû.

Bohémond souhaite prendre la ville, malgré le serment qu’il a prononcé.  Tous les barons acceptent, excepté Raymond de Saint-Gille.

On envoie un émissaire s’enquérir de la volonté d’Alexis Ier mais celui-ci arrive trop tardivement pour qu’une expédition se monte avant l’hiver. Il perd donc ses droits sur la ville.

 

Chacun veut assurer sa propre richesse et reconnaissance, au détriment de la cause commune : le départ pour Jérusalem fait les frais de ces querelles.

Las, Godefroy se retire quelques temps chez Baudoin dans le comté d’Edesse.

L’armee impose la marche vers Jerusalem.

L’armée est irritée, et encore c’est un euphémisme, par le comportement des barons. Raymond d’Agiles écrivait : Comme les princes [...] ne sont plus désireux de nous conduire à Jérusalem, choisissons un courageux chevalier que nous pourrons servir loyalement et en toute sécurité et, si Dieu le veut, nous arriverons à Jérusalem avec ce chevalier comme chef. Si cette grande discorde à propos d’Antioche se poursuit longtemps, abattons ses mûrs.

La pression venue des soldats oblige finalement Bohémond et Raymond à faire front commun face aux autres princes.

Raymond plie et reconnait à Bohémond la possession de la ville. Malgré leurs dissensions, ils font front commun dans la prise de Marra pour contenter l’armée qui réclame de se mettre en mouvement.

Mais sous le manteau, on essaye d’acheter les uns et les autres… on soudoie, on corrompt.

Ci-contre : Combats entre chevaliers, miniature réalisée au XIIème s.

Nous sommes bien là loin des idéaux défendus par Urbain II.

Il s’agit en fait de faire patienter les hommes, mais ceux-ci s’échauffent rapidement outrés par le comportement de leurs chefs. La ville,  assiégée le 27 novembre, tombe le 11 décembre 1098.

La prise de Marra est une véritable horreur. Toutes la population est massacrée et la ville tellement ravagée que les Croisés n’eurent plus bientôt que des cadavres pour se nourrir.

Certaines sources disent que Raymond a lui-même ordonné de brûler Marra, d’autres disent que l’armée elle-même a sapé ses fortifications en guise d’avertissement. Les querelles reprennent pour savoir qui des deux barons se rendra maitre de la ville.

Excédée, l’armée l’armée de Raymond menace de déserter et les émissaires de l’Eglise insiste sur le caractère irrévérencieux de ses querelles et surtout sur l’objectif à suivre. On accuse les deux barons d’oublier leur serment, et surtout de trahir la cause de Dieu… Bref… la crise quoi !

Mais c’est, en tout cas, de cette ville que Raymond part, pieds nus en pénitent  le 13 janvier 1099, signifiant ainsi qu’il reprend le pèlerinage interrompu. Il souhaite également montrer un signal fort aux petits gens qui, peu de jours avant, avaient manifesté leur mécontentement face à l’oisiveté des seigneurs ainsi que se repentir des querelles qui viennent de désorganiser totalement l’armée.

Robert de Normandie et Tancrède le suivent. Godefroi et Robert de Flandres refusent de reconnaitre son autorité et restent à Antioche. Pour sa part, Bohémond oublie bien vite  sa promesse et se comporte en seigneur et maitre sur ses terres fraichement acquises.

La route jusqu’à Jerusalem.

 

Les Croisés ne rencontrent pas particulièrement de difficultés. Les factions ennemis sont divisées entre elles, les négociations facilitent les choses.

Les différents émirs ne servant que leurs propres intérêts, l’avancée est grandement simplifiée. Les Fatimides, qui entretenaient de bonnes relations avec Constantinople, espèrent souder une relation avec les Croisés contre leurs adversaires, les Seldjoukides. 480 km les séparent de Jérusalem.

En janvier 1099, Raymond de Saint-Gilles prend la forteresse d’Hisn al-Akrâd et abandonne les lieux presque immédiatement, son objectif étant Jérusalem. Mais ce fort deviendra le célèbre Krak des Chevaliers confié aux Hospitaliers.

A cours d’argent et suite aux rapports des émissaires envoyés à Tripoli concernant le caractère peu guerrier de la population, Raymond assiège Arqa, proche de Tripoli, le 14 février 1099.

Il envoie ses vassaux prendre Tortose, la ville de Maraclée se rend et le reconnait comme suzerain. Ces succès florissants conduisent Robert de Flandres et Godefroi à  rejoindre son mouvement.

Ils assiègent le port de Jabala, toutefois la rumeur de l’arrivée d’une grande offensive ennemi les poussent à rejoindre Raymond qui s’enterre dans la prise d’ Arqa.

Les disputes ne s’arrêtent pas pour autant car les deux barons ne considèrent pas l’autorité de Raymond comme étant légitime. De fait, au combat, les deux armées ne sont pas coopérantes.

En outre, Alexis I er envoie une lettre en avril  pour se proposer de guider les Francs si ceux-ci acceptent d’attendre son arrivée.

Raymond est tenté d’accepter mais l’excitation des troupes à l’approche de la Ville sainte et les autres barons l’obligent à refuser.

De même, les Fatimides proposent une alliance et s’engagent à laisser passer les pèlerins en échange de l’arrêt des troupes aux frontières de la Palestine. Refus également.

Malheureusement, le siège d’Arqa est très laborieux… de nouveaux l’opposition des Croisés grondent.

Le 5 avril, Pierre Barthélemy, celui qui avait découvert la ” Sainte lance ” à  Antioche, prétend avoir eu une nouvelle vision. Les saints lui ont dit que la ville devait être prise d’assaut.

Les adversaires de Raymond hurlèrent à la supercherie, et dénoncèrent le caractère abusif de la “Sainte lance”. Pierre demanda l’ordalie.

Le 8 avril 1099, Pierre tente de traverser un brasier avec la lance en main. Gravement brûlé, il meurt douze jours plus tard dans d’atroces souffrances. Une grande partie de l’armée ne croie plus en la sainte relique, et le moral des troupes ainsi que l’image de Raymond en souffre un peu plus.

Le siège d’Arqa est un échec total : le 13 mai 1099, les troupes se retirent. 

Ci-contre  : une photo du site archéologique actuel.

Toutefois, pour éviter les pillages sur son territoire, la ville de Tripoli fait preuve de nombreuses largesses : elle fournit des guides, du matériel et des vivres, libèrent les prisonniers.

Bref, elle graisse la patte des Croisés espérant bien que ceux-ci vont se diriger rapidement vers les régions de leurs ennemis naturels.

Le 19 mai 1099, les Croisés entrent en territoire fatimide où Baudoin les rejoint. Le 7 juin ils aperçoivent les mûrs de Jérusalem.

Comme vous vous en doutez, la suite au prochain épisode. C’est presque devenu une habitude maintenant.

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