Sciences et techniques

La chirurgie cranienne au Moyen-age.

Contrairement à ce qu’on pu laisser croire pendant longtemps les avis des médecins des époques supérieures, on pratiquait déjà avec plus ou moins de réussite la chirurgie au Moyen-âge.

Nous nous attacherons aujourd’hui à expliquer le traitement des  traumatismes crâniens à partir du travail de Raoul Perrot que nous avions déjà cité dans ces articles :  Le traitement des plaies au Moyen-âge et Les remèdes au Moyen-âge.

Les examens et traitements pratiqués sur une plaie du crâne pendant l’Antiquité.

Hippocrate met en place dès l’Antiquité un protocole d’examen visant à identifier précisément le type de lésion du patient, avec ou sans fracture.

Il s’agit déjà de questionner les témoins pour savoir exactement le contexte de l’incident, puis de sonder la plaie attentivement. Il utilise pour cela de la matière noire : celle-ci s’infiltre dans les anfractuosités qui vont ensuite apparaitre noires. Ce test permet de poser le diagnostic à partir de la typologie ci-dessous.

Il distingue ainsi cinq type de lésion : fractures, contusions, enfoncement avec fracture, hédra ( félure de l’os suite à un coup), fracture par contre-coup.

Hippocrate reconnait déjà également que certaines parties du crâne sont plus fragiles que d’autres et cela vient préciser ce diagnostic. Pour lui, la saison joue aussi un rôle évident : l’été ce type de blessure est plus dur à soigner selon lui que l’hiver. Cela me semble parfaitement logique eu égare à la macération et au pourrissement que provoque la chaleur.

Les préceptes d’Hippocrate sont très clairs quant à la manière de traiter ces traumatismes et on reconnait déjà leur extrême gravité.

Comme lui, les médecins médiévaux utilisent une typologie précise de ces traumatismes. On distingue les contusions crâniennes avec ou sans fracture, les fractures de la face  (oreille, nez…) et de la mandibule, les luxations de la mâchoire.

Très globalement, on applique les mêmes traitements que pour les plaies sauf pour les cas justifiants d’une trépanation.  L’opération du trépan est exigée par la contusion et par la fracture. L’enfoncement du crâne et l’hédra ne la nécessite pas.

La seule différence dans le traitement par rapport à ce que nous avions vu dans les articles précédents réside dans la vive recommandation d’Hippocrate de n’appliquer aucun pansement et un minium de traitement liquide sur la plaie pour éviter toute suppuration.

En ce qui concerne les fractures de la mâchoire, on replace simplement les os avec les doigts et on lie les deux dents de chaque côté de la fracture l’une à l’autre par un fil. On pose un bandage puis un traitement est donné, ainsi qu’un régime liquide. Le même procédé est mis en place après la mise en place post-luxation.

Le traitement des traumatismes crâniens au début du Moyen-âge.

La raison pour laquelle j’ai insisté sur la méthode antique aussi longtemps, c’est tout simplement qu’au Moyen-âge on utilise toujours celle-ci et qu’on a de cesse de la préciser.

Paul d’Egine reste fidèle à l’Antiquité dans sa démarche. Il  suit  les méthodes préconisées évoquées précédemment en ce qui concerne les traumatismes faciales, en ajoutant uniquement le port d’attelles en bois ou en cuir quand cela est nécessaire.

Néanmoins, il développe la typologie des traumatismes crâniens d’Hippocrate en distinguant plusieurs sous catégories à celles que nous avons mentionnés. En cela, il innove totalement et  influence la médecine médiévale.

Il dote la fracture du crâne d’une liste de symptômes : “vertige, aphonie, collapsus immédiat”, et des signes d’aggravation tels que : “vomissement de bile, convulsions, délire et fièvre aigüe”.

Et après ?

Les méthodes restent à peu de choses près plus ou moins les mêmes. On distingue toutefois progressivement les entailles, des contusions par armes de choc. On va également restreindre la trépanation qu’aux cas les plus graves et préconiser le retrait des esquilles (Abulcasis, médecin arabe).  Finalement, ce qui change c’est le moyen de diagnostiquer et de traiter propre à chaque médecin.

En ce qui concerne les traumatismes de la face, le souci de la beauté instaure petit à petit la nécessité de redresser le nez. On utilise comme attelle un tuyau de plume d’oie entouré de lin imbibé de blanc d’oeuf, glissé dans la narine jusqu’à complète guérison.

Roger de Parme va s’intéresser plus amplement aux cas les plus graves en dressant une nouvelle typologie de plus en plus précise en prenant en compte la taille de la plaie et la taille de la fracture. Il propose même un protocole pour le retrait des flèches plantées dans le crâne. Il est aussi le premier à suturer les plaies au visage par souci esthétique.

La chirurgie du crâne va progressivement réserver la trépanation aux cas les plus graves se détachant ainsi des concepts antiques.

Je vous invite vraiment à vous pencher sur le travail de Raoul Perrot qui explique dans le détail les évolutions des traitements, des techniques et des diagnostiques. Moi je dois synthétiser ici :) . Il s’agit en plus d’un PDF téléchargeable.

sources :

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Hippocrate/plaies.htm

Paleobios

4 Responses to La chirurgie cranienne au Moyen-age.

  1. YouGo says:

    Super article, en tout cas j’ai beaucoup aimé !

    • Cernunnos says:

      Merci pour ce petit compliment qui me touche beaucoup car l’article lui-même n’a beau être qu’une zsynthèse, il m’a pris pas mal de temps car il était difficile de bien résumer le propos de l’auteur de manière simple mais pas simpliste.

  2. Eugenio Chatters says:

    Bonjour, vous êtes l’auteur de cette article car il me semble l’avoir lu à un autre endroit ! Sinon bravo pour le site

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