Expositions et fetes

Exposition Ardennes et Bretagne, les soeurs lointaines. (4 juillet – 31 août 2013) – Château de Comper (56)

Après un très long mutisme de ma part, dû principalement à une reconversion professionnelle qui a consumé mon temps libre, me revoici à nouveau plus disponible pour écrire. Je vous remercie d’ailleurs  pour votre patience. De nombreuses piles de livres siègent encore dans mon bureau, si bien que pour ce premier article, je souhaitais partager avec vous une belle expérience.

Il est encore, malgré les aléas de notre siècle et de nos modes de vie, quelques coins de France incontournables pour ceux qui souhaitent s’évader d’une réalité plutôt attristante et pénétrer les mystères de l’Autre monde des textes anciens de jadis. Dans les récits médiévaux, le point de passage qui matérialise la frontière entre la réalité et la merveille est en général l’orée d’un bois ou une rivière.

Cette frontière matérialise l’univers des fées, des lutins,  où Merlin et Viviane vivent leur amour pour l’éternité en Brocéliande.  Retrouver un temps l’esprit des légendes : où l’égalité entre chevaliers est réelle autour de la Table ronde, où l’honneur est l’égal de la force dans les prouesses gouvernées par l’esprit de chevalerie… Tel est l’Autre monde de nos sociétés actuelles.

Rayonnant et floconneux, comme une brume au petit matin sur le lac de Viviane à Comper, cet autre univers est porté par chacun dans les souvenirs les plus vifs de notre enfance. Laissez-vous porter par les guides du Centre de l’Imaginaire arthurien au cours d’une randonnée, passez votre main sur un tronc, humez le fond d’humus dans l’air frais malgré le soleil de plomb estival. Fermez les yeux et écoutez le conteur parmi le chant des oiseaux…L’imaginaire s’emballe et prend le dessus. Voilà, vous y êtes.

Grâce à cette association à but non lucratif, qui lève le voile avec délicatesse sur les contes et légendes traditionnels de Bretagne et d’ailleurs, c’est un pan de l’Autre monde que j’évoquais plus haut qui se dévoile,  pour petits et grands.  Ayant participé aux Rencontres de l’imaginaire, j’ai découvert à cette occasion leurs locaux de mars à octobre, qui se trouvent  au château de Comper, à Concoret (56).

Le temps d’un week-end de bénévolat, je me suis complètement évadée et ressourcée malgré le travail à accomplir et la chaleur.  Laissez-moi vous présenter cette association, ses actions pour valoriser les légendes arthuriennes en Brocéliande, et surtout son exposition exceptionnelle Ardennes et Bretagne, les soeurs lointaines que vous pourrez retrouver au château de Compers jusqu’au 31 août 2013. L’exposition temporaire de cette année, intitulée Monstres et Merveilles, se poursuit elle-aussi durant l’été.

 

Forêt de Brocéliande

 

Une association qui œuvre pour la mise en valeurs du patrimoine immatériel légendaire à l’échelle locale, nationale et internationale.

Le Centre de l’imaginaire arthurien réunit depuis 1988 des spécialistes de L’Imaginaire, des écrivains, des élus, et une foule de passionnés autour de la même volonté de promouvoir le patrimoine immatériel de Brocéliande, et plus largement les contes, légendes, œuvres qui s’y rattachent..

L’association joue un double rôle : celui de conservation assuré par le sérieux du collège de spécialistes qui la compose,  mais aussi de transmission car la légende n’a d’existence qu’en résonance avec d’autres et dans le partage. Ainsi, en invitant au voyage artistes et visiteurs, le Centre de l’imaginaire arthurien permet de donner un  souffle contemporain à toutes ces histoires, digne d’un doux murmure de conteur au coin du feu. Site fédérateur de nombreux artistes qui y partagent leur passion pour Brocéliande et l’imaginaire, Comper est également un lieu de création.

La Petite maison des légendes de Concoret abritait les bureaux de l’association hors saison,  lorsque le château de Comper était fermé au public. Elle est maintenant ouverte toute l’année contrairement à Comper dont l’ouverture est saisonnière. Maison bretonne traditionnelle en schiste pourpre, elle a été restaurée par l’association, en collaboration pour la dernière tranche avec  la Fondation du Patrimoine qui a mis en place une collecte.

Elle abrite aujourd’hui une résidence d’artistes, une librairie, des expositions et des ateliers qui poursuivent les objectifs de l’association. Ouverte à tous, elle permet  de découvrir de manière ludique les contes et légendes de Bretagne et d’ailleurs au moyen de diverses activités.

Accueillis avec bienveillance par toute l’équipe vous deviendrez vous-même un passeur –Peut-être même un conteur qui sait?–  après votre passage. Il est à la fois difficile de traduire en mots mon ressenti à la suite de ce bref dépaysement, mais j’ai la certitude que l’on ne doit pas le garder pour soi. Je ne saurais que trop vous encourager à aller à la découverte de ces légendes qui ont pétri notre littérature tout au long de l’histoire, débordant même des livres pour atteindre d’autres domaines tels que le cinéma ou les jeux en tout genre.

Je crois qu’on ne demeure jamais tout à fait pareil après avoir visité un endroit tel que la forêt de Brocéliande. On sait qu’il reste un havre quelque part où il fait bon rêver, une sorte de bulle temporelle… Désolée de vous ramener si brutalement dans le concret après une telle envolée lyrique, mais il me faut maintenant vous parler de ce lieu historique qu’est Comper… rassurez-vous, les légendes nous rattraperont très vite.

 

Un lieu mythique digne des légendes :  le château de Comper.

Cour , château de Comper en Brocéliande

Au nord de la forêt de Paimpont, le château de Comper, partiellement inscrit aux Monuments historiques depuis 1996, se dresse dans une clairière aux portes de Brocéliande.

Les premières attestations écrites de l’existence du lieu remontent au IXème siècle :  Salomon, dernier roi de Bretragne, y aurait vécu. Toutefois, il est important de noter qu’il ne reste aucune trace de ce bâti originel.

 

Plutôt que de réécrire complètement l’histoire du site, je préfère vous faire bénéficier de la description de Claudine Glot reprise par l’Office de Tourisme et bien plus complète que mes propres connaissances. (voir Office de tourisme du pays de Mauron en Brocéliande.).

Dès le XIIIe siècle, Comper, avec ses fossés profonds creusés dans le schiste rouge, et sa ceinture d’étangs, est considéré comme une des plus fortes positions de Haute Bretagne. D’où bien des combats et des sièges, particulièrement en 1370 où il est ravagé par Bertrand du Guesclin.

Au début du XVe siècle, Comper devient le fief de la puissante famille de Laval. Guy XIV de Laval y fait rédiger en 1467 la « Chartre des usements et coustumes de Brécilien » qui réglemente les droits et obligations des usagers de la forêt. Au XVIe siècle, Comper passe aux mains des Rieux puis, en 1557, à celles de huguenot François de Coligny d’Andelot, frère de l’amiral de Coligny. Les guerres de la Ligue n’épargnèrent pas Comper : après un long siège, les hommes du Duc de Mercoeur perdent la place fin 1595.Les tours partiellement détruitent après la Fronde.

En 1598, Henri IV vient en Bretagne et fait démanteler Comper, comme nombre de places fortes utilisées pendant les troubles de la Ligue : deux des tours sont abattues, les deux autres, dont la tour « Gaillarde », sont fort endommagées.

Le château appartient un temps aux La Trémoille. En 1790, un parti révolutionnaire brûle la moitié ouest du logis central, qui est reconstruit au XIXe siècle par Armand de Charrette ( ses initiales figurent sur la cheminée de la grande salle).

Le château, à peu près carré, se composait de quatre tours d’angle, reliées entre elles par des murailles ( courtines) ; la porte d’entrée en cintre brisé abritait une herse, et un pont-levis se trouvait à l’emplacement de l’actuel pont qui enjambe les douves.

Entouré par les bois et proche d’un grand étang, il bénéficie d’un cadre splendide propice à la rêverie. Le temps y semble comme suspendu.

Intéressons-nous maintenant à l’Autre monde. Selon la légende, Dyonas, le père de Viviane,vivait dans ce château sous la protection de la déesse Diane. La femme-fée y a d’ailleurs vu le jour.

AFontaine de Barentonyant reçu de Diane les qualités d’être belle, intelligente et plaisante, Viviane est une charmante jeune fille qui ne peut toutefois quitter la forêt. Les dons ont toujours des contreparties.

Parfaitement éduquée à la demande de la divinité, Viviane dispose de tous les précepteurs pour tromper l’ennui, et qui sont nécessaires à l’assouvissement de sa curiosité. Elle connait de nombreuses langues, les plantes, les animaux, …  la magie exceptée, que lui refuse son père.

C’est lors d’une de ses rêveries à l’ombre des frondaisons, près de la fontaine de Barenton, que Viviane rencontre Merlin. Lié à la femme-fée par un puissant sentiment d’amour, Merlin accepte après quelques péripéties que je ne vais pas détailler ici de la prendre comme disciple.

Il sait déjà que cet acte causera sa perte puisqu’il connait le passé, le présent et l’avenir… Mais ceci est une autre histoire, revenons à Comper.

Afin d’abriter sa belle amie, il lui construit à l’emplacement du lac, que nous admirons encore aujourd’hui, un magnifique palais de cristal. Pour masquer la demeure de la Dame du Lac, il conçoit une illusion : quiconque regardera ce lieu n’y verra qu’une étendue d’eau.

Selon la légende, on peut parfois apercevoir les contours du château de Viviane qui se dessinent au petit matin ou au crépuscule certains jours de brume.

 

Lac de Viviane

 

Quelques mots sur les Rencontres de l’imaginaire 2013.

En plus de l’exposition permanente, des randonnées guidées, des événements (festival, marché médiéval, expositions temporaires) contribuent à faire rayonner les légendes tout au long de l’année.  C’est le cas par exemple de la Semaine du dragon qui a lieu à l’automne ou encore de la Pentecôte du roi Arthur.

Illustrateurs et auteurs en pleine action - Rencontre de l'imaginaire 2013.J’en profite donc pour glisser ici quelques mots plus particuliers sur les Rencontres de l’imaginaire, auxquelles j’ai participé en tant que bénévole, afin que vous puissiez cerner un peu mieux l’ambiance qui régnait à Paimpont les 21 et 22 juillet 2013.

Cet événement est l’aboutissement du travail de coopération orchestré pour l’exposition dont je parlerai ensuite. Mais il me semble plus important d’évoquer en dernier puisque que vous pourrez la visiter jusqu’au 31 août.

Ci-dessus, illustrateurs et auteurs en pleine action. De droite à gauche : Lawrence Rasson, Claudine Glot, Hervé Gourdet, Séverine Pineaux, Brucero.

Malgré une forte chaleur, le public était bien présent et très enjoué : les retours très positifs que j’ai entendu me confortent dans cette idée. Tout au long du week-end, les illustrateurs en dédicace ont été très occupés.

Placé sous le signe de la rencontre entre les Ardennes belges et la Bretagne, ce moment constitue l’occasion de mettre en avant la nouvelle exposition qui se trouve à Compers : Ardenne et Bretagne, les soeurs lointaines.

Ainsi, nos amis belges nous ont fait découvrir  le travail de nombreux artistes ardennais, ainsi que la gastronomie et bière locale.

Lutins en argile rouge , Philippr MASSIERA, Marché des artisans créateurs, Rencontres de l'imaginaire 2013.

Les conteurs et leur public quand à eux ont cherché l’ombre sous les arbres, près du lac ou en balade contée. Je remercie tout particulièrement le conteur Jean-Pierre Matthias pour les échanges que nous avons eu, et Pierre Dubois, elficologue de son état.

Les rues du marché d’artisans sont restées animées : Graziella Fanfan, les compagnies Drolik et Talik, … sans oublier le Bagad Men Ru et Octave Herminoire qui ont transmis aux visiteurs l’esprit de la fête pendant 48h.

Pensée toute spéciale au pauvre Mérion, loup-garou de la Compagnie Coppelius qui a eu particulièrement soif mais aussi à ses compagnons.

Maxence des oiseaux a joué quelques airs … La compagnie du Bout des Doigts a proposé un spectacle nocturne qui, parait-il,  n’a pas démérité lui non plus. Une programmation riche, à échelle humaine, qui a ravi le public.

En résumé,  un excellent moment comme on aimerait en avoir plus souvent. Si vous passez par la région de Paimpont aux alentours de fin juillet, ne manquez pas de vous renseigner sur la tenue de cet événement en particulier, mais aussi durant le reste de l’année sur toutes les activités proposées :  http://centre-arthurien-broceliande.com/ .

 

Ardenne et Bretagne, les soeurs lointaines : exposition jusqu’au 31 août 2013 (Concoret, 56).

Couverture Ardenne et BretagneCette exposition à quatre main, si j’ose dire car en réalité elles sont bien plus nombreuses, regroupe illustrateurs belges et bretons.

Après tirage au sort, ils ont retracé le patrimoine commun de leurs deux régions à travers soixante œuvres représentant des personnages légendaires.

Allant du petit peuple, aux êtres nocturnes les plus sombres, vous pourrez retrouver des productions très variées au niveau de la thématique comme du support : peinture, dessin, sculpture, photos…  de nombreuses techniques sont utilisées.

Chacun a laissé parler son savoir-faire et sa créativité issus d’univers très divers.  C’est ce qui, selon moi, contribue à donner un caractère exceptionnel à cette exposition qui mêle artistes expérimentés et artistes en devenir au sein d’un projet constructif, jusqu’aux Rencontres de l’imaginaire que je mentionnais plus haut.

Personnellement, certaines œuvres m’ont plus touchées que d’autres. Je trouve l’idée de donner corps à des personnages légendaires de manière libre très pertinente. Cette manière d’appréhender le sujet apporte souvent un sens nouveau en plus d’une esthétique. Certains artistes manient la finesse, d’autres l’humour, ce qui donne une fraîcheur particulière à cette exposition.

Anne Smith, peintre bretonne et Albert Moxhet , auteur ardennais.

Albert Moxhet ( prononcé Mo-hé) est l’auteur du livre Ardenne et Bretagne: les sœurs lointaines (paru en 1989), qui a donné naissance au projet de coopération.

Ci-contre, Anne Smith,  bretonne et peintre officielle de la Marine depuis 2005, offre à l’auteur ardennais Albert Moxhet un des exemplaires du livre de l’exposition qu’elle lui a dédicacé. (Crédit photo : Glot /CIA)

Préfacée par Pierre Dubois, postface de Claudine Glot, cette réédition est accompagnée d’une riche iconographie qui comprend les trente œuvres créées spécialement pour ce texte et pour l’exposition qui l’accompagne.

Extrêmement minutieux et sourcé, ce livre présente par grandes familles des éléments légendaires populaires communs entre entre l’Ardenne et la Bretagne, que séparent des centaines de kilomètres.  Proposant de multiples passerelles et surtout une analyse comparée des points de convergence et des spécificités de chacune des deux régions,  cet écrit apporte une lecture nouvelle des contes et légendes.

Un ouvrage à se procurer absolument, que vous appréciez l’analyse de façon pointue, mais accessible,  ou que vous vouliez simplement rêver et connaître un peu mieux ces deux régions.

Pour conclure, parce qu’il le faut bien…

En premier lieu, très heureuse de vous retrouver et de dégourdir à nouveau ma plume. J’avoue que cet article m’a pris un certain temps. J’ai eu du mal à trier mes émotions et à retrouver la dextérité grammaticale et syntaxique pour donner du relief à celles-ci. Difficile aussi d’être exhaustive tant j’ai apprécié ce moment. J’espère que la lecture n’en sera pas plus difficile.

Notez bien que vous pouvez retrouver les actualités du Centre de l’imaginaire Arthurien sur Facebook.L’exposition Ardenne et Bretagne les sœurs lointaines est accessible jusqu’au 31 août 2013.  Le 4 août 2013 a lieu à Comper même un marché médiéval, le 11 un tournoi de chevalerie.

Je remercie toutes les personnes qui m’ont permis de passer cet agréable moment dont j’ai essayé de vous rendre compte le plus fidèlement possible. Une pensée pour madame Claudine Glot, la présidente de l’association, et toute l’équipe pour l’accueil très chaleureux, pour les artistes aussi et les bénévoles. A l’année prochaine.

Une fois encore, et ce sera le mot de la fin,  je vous invite à partir vous-mêmes à la rencontre de nos racines légendaires.  Découvrez Brocéliande, cette forêt à la fois mystérieuse et apaisante, sur les traces d’Arthur et de Merlin… Prenez le temps de l’apprivoiser et vous ne serez pas déçus, j’en mets ma main à couper !